Rencontre avec Gunter PAULI,  le fondateur du concept de l’Economie Bleue

La Fondation Race for Water a entamé début 2018, une collaboration au niveau international avec la Fondation ZERI (Recherche et Initiatives pour Zéro Pollution) du professeur Gunter Pauli, père de l’Economie Bleue.

Marco Simeoni : « Avec sa Fondation, Gunter Pauli souhaite rendre autonome au niveau énergétique l’emblématique île de Pâques. La Fondation Race for Water rejoint ce projet et apporte sa contribution sur la partie valorisation des déchets. Nous sommes très heureux de cette collaboration que nous espérons inspirante pour que d’autres projets similaires sur des iles éloignées voient le jour. »

Entretien avec Monsieur Gunter PAULI :

Vous êtes économiste de formation ; comment vous êtes-vous intéressé à l’écologie ?
J’étais propriétaire d’une usine qui fabriquait des détergents. Je me suis aperçu que la base de mon entreprise reposait sur l’exploitation de l’huile de palme qui détruisait les forêts ainsi que l’habitat des orangs-outangs. Comment pourrais-je être un entrepreneur vert tout en détruisant l’écosystème dans la forêt tropicale humide ? C’est vraiment ce qui m’a transformé. J’ai vendu ma société et crée la Fondation ZERI (Recherche et Initiatives pour Zéro Pollution).

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste l’Economie Bleue (The Blue Economy)?
L’Economie Bleue est assez élémentaire. Nous utilisons ce qui est disponible localement avec pour objectif de créer des plus-values. Nous souhaitons avant tout répondre aux besoins de la population locale.  Nous ne nous concentrons pas sur une production à moindre coût pour aller conquérir le marché mondial. Nous souhaitons simplement créer une augmentation de la valeur d’une chose. Une fois que l’on est dans ce schéma, on est plus compétitif et on génère davantage d’atouts pour les consommateurs et les clients locaux.

Pour moi, la nature nous enseigne qu’il faut chercher des solutions là où cette dernière nous fait la preuve que ça fonctionne depuis des millions et millions d’années.

Le seul Etre sur terre capable de produire des déchets, c’est l’Homme. Les autres êtres humains ne produisent jamais de déchets car tout ce qui est produit, est toujours transformé en une énergie, un nutriment, une matière pour quelqu’un d’autre.

Il faut simplement suivre la sagesse des écosystèmes qui fournissent énergie et aliments, recyclent les déchets, répondent aux besoins de tous et se régénèrent sans cesse. Il faut mettre en place de nouvelles solutions intelligentes et adaptées à chaque situation locale en concevant des cycles de production inspirés du fonctionnement de la nature où il n’y a jamais de déchets et où tout est recyclé dans un processus harmonieux.

Vous avez monté une expérience sur l’ile EL HIERRO aux Canaries ; pouvez-vous nous en parler ?
La population de cette île pensait que d’ici 20 à 30 ans, plus personne n’y habiterait, que toute la population s’expatrierait à Barcelone, à Valence ou à Madrid. Une grande partie des habitants s’est alors mobilisée pour relever le défi de rester sur place et même de faire revenir leurs enfants.
A partir de ce moment-là, tout a été imaginé pour réimplanter différentes activités comme la pêche, l’élevage de chèvres, l’agriculture, le vignoble, les abattoirs, les énergies, l’eau et le traitement des déchets etc…
Aujourd’hui, EL HIERRO est devenue île de référence en Espagne. Il y a une plus haute densité de pêche qu’ailleurs en Espagne, ; le prix du litre de lait de chèvre est de 2,65 euros ; il y a une production de vin de 180.000 litres, ce n’est pas énorme, mais c’est produit localement. Nous avons réussi à générer des plus-values et à maintenir du cash-flow, un flux d’argent qui continue de circuler localement, ce qui est très important au niveau économique, puisque générant un effet multiplicateur.

Vous avez pour projet, dans le même esprit, de rendre autonome énergétiquement l’île de Pâques ?


Effectivement, quand vous avez su reconvertir une île alors qu’elle n’avait aucun avenir, on se prend ensuite à penser que d’autres îles pourraient suivre cet exemple.
A l’époque du projet El HIERRO, on ne connaissait rien à l’hydrogène, aucune idée de l’intégration d’une énergie venant de la transformation du plastique, le moment nous semble propice pour changer le modèle de l’île de Pâques.
En Amérique du sud, tout le monde sait que la Rapa Nuis vit un véritable désastre écologique.
Avec Race for Water, nous nous rassemblons parce qu’avec nos expériences respectives, nous allons nous concentrer sur des solutions et trouver un portefeuille d’opportunités !

Que représentent les Océans pour vous ?
L’Etre Humain a cru que la solution pour la nourriture, l’énergie, l’eau se trouvait sur terre. Or, la terre représente 30% de la planète et les océans 70% !  Pourquoi nous limiter à quelques centimètres de couche de terre pour nos productions ? Il y a moyen d’exploiter davantage les océans pour subvenir aux besoins alimentaires et énergétiques de demain. Dans les océans, vous avez une production en trois dimensions, qui permet d’avoir une productivité inachevable. L’eau à une densité supérieure à celle de l’air ; les nutriments que vous pouvez distribuer sont plus efficaces que ceux distribués via la terre.
Regardons les algues. Elles peuvent à la fois protéger la faune marine, participer à la biodiversité des océans et d’un autre côté, elles permettent de produire des quantités importantes de biogaz et d’aider à la production énergétique.



Les Fondations Race for Water et ZERI ensemble sur le projet île de Pâques, une évidence ?
Race for Water possède un bateau qui est une miniaturisation d’un portefeuille de technologies qui ne travaillent qu’à partir de ce qui est disponible en local (vent, soleil, eau de mer), pour en retirer des plus-values comme la propulsion, l’eau potable etc… Pour moi, c’est la même réflexion, je souhaite prouver que l’on peut transformer une réalité avec ce que nous avons à porter de mains.
Nous avons des approches culturelles similaires : nous agissons, prouvons que ça fonctionne et, grâce à cela, nous avons l’opportunité d’inspirer des gens qui prennent la relève.
Nos deux Fondations ne peuvent pas à elles seules tout révolutionner. Nous avons besoin d’inspirer concrètement des personnes qui, chacune, agira pour changer le monde.