Race for Water à bon port en République Dominicaine 

Ce mercredi 23 août, en fin d’après-midi, le navire Race for Water s’est amarré au quai du port militaire Sans-Souci à Saint Domingue clôturant ainsi la troisième étape de navigation de son tour du monde au service des océans. A la force du vent, du soleil et de l’océan, le catamaran de 100 tonnes fonctionnant uniquement aux énergies renouvelables aura mis 16 jours pour relier Cuba à la République Dominicaine dans des conditions de navigation compliquées comme le précise ci-dessous Martin Gavériaux (ingénieur de bord). A son arrivée, l’équipage du Race for Water mené par Pascal Morizot, a été accueilli par une délégation de l’Ambassade Suisse à Saint Domingue et par les militaires du port dirigé par le commandant Sr. Miguel Peña Acosta. Réuni autour de Marco Simeoni, président de la fondation Race for Water, l’équipage a, dès le lendemain, enchaîné avec la conférence Think Innovation et s’apprête à vivre, à nouveau, une escale dominicaine riche en rencontres et en temps-forts.


Martin, quelles ont été les conditions de navigation sur cette étape entre Cuba et la République Dominicaine ?
Martin Gavériaux : « Nous avons eu une étape assez difficile avec une alternance de journées peu propices à la navigation sur un tel bateau – avec un fort vent de face et un fort courant – et des journées plus calmes voire trop calmes avec du vent portant mais assez faible. Nous n’avons donc pas fait de pointe de vitesse ! A ces conditions difficiles s’ajoutent une panne de moteur électrique tribord accompagnée du passage de la tempête tropicale Harvey. En tout, nous aurons mis 16 jours pour parcourir environ 1000 milles nautiques. Il faut rappeler qu’avec ses 100 tonnes et sa propulsion mix solaire-hydrogène-kite, Race for Water n’est, à l’origine, pas un navire rapide. Dans les meilleurs jours et exception faite de la seule journée sous kite (5 nœuds de moyenne), nous avons dû atteindre 3 nœuds de vitesse moyenne et dans les plus mauvais jours, je dirais 1,5 nœuds. En pleine mer, une si petite vitesse n’est pas si perturbante mais quand tu passes une pointe rocheuse à 1,5 nœuds sans voir le paysage défiler, là tu te rends compte que ce n’est pas très rapide. Enfin c’est ainsi ! On vit au rythme des conditions météorologiques. »

Comment avez-vous surveillé l’avancée de Harvey et vécu son passage ?
Martin Gavériaux : « A bord, nous disposons de fichiers de vent et de vague que nous téléchargeons minimum une fois par jour quand les conditions sont bonnes et 2 à 3 fois par jour quand nous souhaitons surveiller un phénomène météorologique. Puis chaque jour, nous recevons un bulletin météorologique d’un site américain géré par des météorologues de la NOAA qui livrent quotidiennement un compte-rendu de l’évolution des tempêtes tropicales. Ces données combinées aux paramètres du navire, nous permettent d’adapter notre route. Comme nous nous savons peu rapides sur l’eau, nous devons anticiper au plus tôt les phénomènes météos surtout dans la zone caraïbe en pleine saison cyclonique. Chaque jour, on étudie sur une grande zone géographique l’évolution des phénomènes possibles. C’est ainsi que nous avons vu la formation de Harvey et que nous avons décidé de nous abriter. Au mouillage, nous étions bien protégés et n’avons ressenti aucune condition extrême. Juste un fort coup de vent. Cependant, nous n’aurions jamais pris le risque de passer le cap Rojo avec un seul moteur. Race for Water n’est pas assez marin pour affronter des vents de plus de 30 nœuds et une mer forte même avec deux moteurs en état de fonctionner. »

Quelle était l’ambiance à bord lors du plus fort de la tempête ?
Martin Gavériaux : « C’était très studieux puisque nous avons profité de cet arrêt pour effectuer des tests sur le moteur tribord. Tout l’équipage est venu aider en plus de ses tâches quotidiennes. Il n’y a pas eu de temps morts. La décision de s’arrêter a été acceptée par tous sans difficulté et nous sommes tous restés fidèles à nous-mêmes. La tempête n’a vraiment pas perturbé l’harmonie de l’équipage et le travail d’équipe nous a soudé un peu plus. »

Enfin à quai, quel accueil avez-vous reçu ?
Martin Gavériaux : « Nous sommes tous très contents d’être arrivés à bon port. Surtout que sur les derniers milles nautiques, sans pour autant résoudre la panne, nous avons pu redémarrer le moteur tribord et ce dernier a tenu jusqu’à l’arrivée. A quai, nous avons reçu un superbe accueil de la part des militaires du port Sans-Souci dirigé par le commandant Sr. Miguel Peña Acosta et par une délégation de l’ambassade Suisse en République Dominicaine. Nous avons également retrouvé avec plaisir Marco Simeoni, président de la Fondation, ainsi que Franck David et Camille Rollin, membres de l’équipe. La soirée fût chaleureuse et nous avons pu diner tous ensemble sans roulis. Un luxe ! »

Quelle est la suite du programme pour l’équipage ?
Martin Gavériaux : « Les membres de la fondation, nous ont préparé plusieurs gros évènements à bord si bien que chacun va vite vaquer à ses occupations. Nous enchaînons sur une conférence de presse, des visites scolaires et institutionnelles, ainsi que des conférences telle notre habituel workshop ‘Plastic waste to energy’ à bord et la participation à des conférences dominicaines telle Think Innovation. Quant à moi, je vais me pencher sur cette panne moteur que j’espère résoudre rapidement. »