L’état de la Guadeloupe

Pointe-à -Pitre, mercredi 20 septembre : 24h après que le cyclone Maria ait touché la Guadeloupe.

« Subir un cyclone, j’y suis préparée. Depuis que je suis née mes années sont rythmées par ces phénomènes saisonniers. Mais cette fois, ce n’est plus la même chose, ils sont plus forts et très réguliers. Nous sommes psychologiquement fatigués et nous savons que la saison n’est pas terminée ». Depuis le 10 septembre dernier, deux cyclones de catégorie maximale, Irma et Maria, se sont abattus sur l’arc Antillais, détruisant massivement St-Martin et la Dominique. Au comptoir de l’hôtel basé sur le port de Pointe-à -Pitre, la gérante poursuit son discours en nous annonçant qu’il n’y a ni eau courante, ni réseau wifi. Avec les équipes de terre de l’Odyssée, nous passerons cette première nuit à l’hôtel, le navire étant resté en mer afin de contourner le cyclone. La nuit tombée et les rues désertées, c’est déphasés que nous décidons d’aller nous coucher.

Pointe-à-Pitre, jeudi 21 septembre : entre les bourrasques du cyclone.

Levés à  l’aurore, nous partons en direction de la ville afin de constater les dégâts. Bien que les constructions semblent avoir été épargnées, le récent passage de Maria et sa violence sont visibles : arbres et feuillages encombrent routes et chaussées et bateaux échoués font partie intégrante de ce décor post-cyclonique. Sous un soleil de plomb couplé d’une pesante humidité, le sentiment est pourtant celui d’avoir eu une certaine chance vis-à-vis de l’ampleur du phénomène climatique.

Une bananeraie de Pointe-à-Pitre, vendredi 22 septembre

 

Avant même que le soleil ne soit au zénith, le navire Race for Water pointe le bout de son nez à  l’horizon sud de Pointe-à-Pitre. Préparés à le recevoir, Franck, Luce et Annabelle discutent avec le personnel de la marina afin de trouver un nouvel emplacement pour le navire, le vent violent ayant causé quelques dégâts dans le port. A nos côtés afin d’accueillir le Race for Water, Aurélie se dit heureuse de pouvoir à nouveau sortir de chez elle : « L’Etat nous avait demandé de rester dans nos maisons avec quelques vivres jusqu’à ce que l’alerte soit levée. » Relatant une nuit très impressionnante avec des bourrasques de vent à  plus de 200 km/h, sa maison n’a pas subi de dégât majeur. « Bien que nous soyons nerveusement fatigués et que nous n’ayons toujours pas d’eau ni d’électricité nous sommes conscients d’avoir eu beaucoup de chance. Cependant, la partie ouest de l’île, appelée Basse-Terre, a été beaucoup plus touchée et la route pour y aller est coupée. », explique la jeune femme. Et d’ajouter : « Tout cela fait écho aux visions que défend la Fondation Race for Water. Parler d’indépendance énergétique, de la valeur de l’eau et d’une nouvelle vision des déchets plastiques, ressource dont nous disposons, sont des thématique intrinsèquement liées à l’événement que nous venons de vivre. Aujourd’hui, heureusement que je dispose d’un collecteur de pluie ! Il ne me manque que les panneaux solaires… »

En début d’après-midi le navire est amarré et nous retrouvons les marins de l’Odyssée. Ayant négocié leur navigation afin de contourner le système météorologique, cette dernière a été plutôt bonne. A peine débarqués, une seule question semble préoccuper l’équipage, « Dans quel état est l’île ? »

Entre déchets végétaux et morceaux de plastique

 

Basse-Terre, samedi 23 septembre : la vie reprend son cours.

Afin de comprendre les dégâts causés par le passage d’un cyclone et d’étudier la pollution plastique dans une telle situation, nous partons à  l’aube direction Basse-Terre, la partie ouest de l’île. « Les embouchures des rivières et plages environnantes doivent être intéressantes à observer car les déchets y sont amassés lors de fortes précipitations », dit Peter Charaf, média-man de la Fondation. Empruntant une route traversant une dense forêt, nous découvrons un décor d’arbres et de palmiers déchiquetés.

Comme si le vent avait soufflé par bandes au sein de zones précises, des pans entiers de végétation ont pliés sous l’effet des bourrasques. Le long de la côte, blocs de roches, amas de cailloux et sable ont envahi les chaussées et empli les habitations riveraines. « Nos maisons sont bien construites et seulement dix toits se sont envolés », témoigne un habitant de Trois-Rivières. Les plages, couvertes de bois-flotté comportent quelques déchets plastiques mais la pollution, bien que présente, est relativement limitée. Assis balais à  la main devant sa cabane en bois, un jeune homme explique : « A Bouillante, des ONG et individus locaux sont déjà  venus ramasser les déchets. Nous sommes sensibles à la préservation des océans et à  la problématique des déchets plastiques ». Une bonne nouvelle pour la Fondation témoignant de l’impact d’un ramassage régulier. Quelques jours après un cyclone de catégorie maximale les paysages sont encore chamboulés mais la vie guadeloupéenne recommence. Une chance dont les habitants sont conscients mais que d’autres îles voisines n’ont hélas pas eue.

Les plage de Basse-Terre, samedi 23 septembre 2017