« Le privilège de voguer à nouveau sur ce bateau solaire »

Raphaël Domjan, écoaventurier suisse, est depuis son enfance passionné d’aventure et d’exploration. Aujourd’hui, Raphaël est un écoaventurier et conférencier qui s’engage, au travers de sa fondation SolarPlanet, pour la protection de notre planète, de notre biodiversité, de notre atmosphère et de notre environnement en Suisse et dans le monde.

En 2004, Raphaël imagine réaliser le premier tour du monde en bateau solaire.  En février 2008, le financement du bateau est assuré, grâce au soutien d’un homme Immo Stroeher, passionné d’énergie solaire. Entre septembre 2010 et mai 2012, PlanetSolar, rebaptisé aujourd’hui Race for Water, et ses 5 membres d’équipage a réalisé le premier tour du monde à l’énergie solaire de l’histoire. Il a parcouru 60’000 km à travers tous les océans et ceci uniquement propulsé grâce à l’énergie de notre étoile, le soleil.

Raphaël Domjan qui était à bord de Race for Water pour le ralliement entre Concepcion et ile de Robinson nous livre ses impressions :

« Cela fait 3 jours désormais que Race for Water est au mouillage dans la baie de l’Ile de Robinson Crusoe, dans l’archipel « Juan Fernandez. Protégés des vents et de la houle du Pacifique sud qui ont tant secoué le bateau solaire durant la traversée depuis Concepción, je découvre cette île qui m’a fait tant rêver. Je n’osais d’ailleurs espérer un jour avoir la chance d’y accoster ! Aborder ainsi cet îlot mythique secrètement perdu en plein océan Pacifique avec le bateau, ex-PlanetSolar, qui m’a permis entre 2010 et 2012 d’accomplir le premier tour du monde à l’énergie solaire est un privilège auquel je n’ose encore croire ! Merci à Marco Simeoni et à l’équipage de Race for Water de me permettre de vivre à leurs côtés ces instants uniques et une part de leur fabuleuse aventure. Leurs valeurs et leurs engagements pour la préservation des océans sont précieux et forcent l’admiration. Savoir que ce bateau que j’affectionne tant sert désormais leur cause me réjouit beaucoup, tant l’engagement que je mène au quotidien pour la promotion des énergies renouvelables est complémentaire à leur lutte contre les déchets plastiques, dans une vision commune de préservation de notre environnement.

Je retrouve à bord l’ambiance que j’ai vécue durant mes 2 ans de tours du monde, ainsi que l’accueil fabuleux des gens lorsque le bateau fait escale. Aux formes étranges, ce bateau solaire a des airs de vaisseau spatial et ne manque pas de susciter l’étonnement partout où il jette l’ancre. Et l’Ile de Robinson est une bien belle planète sur laquelle atterrir !

Cet îlot entouré de falaise réjouit l’amoureux des sommets que je suis. Chacun de ces pics élevés vers le ciel, souvent dissimulés dans les nuages de l’hiver austral, invite à l’ascension. En dessous, une partie de l’île est érodée, à cause des chèvres importées des siècles auparavant et qui décimèrent une partie de la végétation… Mais autour de la baie de San Juan Bautista, seul village de l’île, la végétation est luxuriante. Les espèces endémiques de l’île semblent tout droit nous venir d’une autre ère géologique et des temps ancestraux… Et cela ne m’étonnerait pas vraiment de voir un dinosaure débarquer d’entre les feuilles gigantesques des plantes étonnantes qui peuplent l’île !

L’île est très peu touristique, comme épargnée par la marche du temps. Malheureusement, l’électricité est ici exclusivement produite par une génératrice… Les habitants de l’île sont ainsi entièrement dépendants, pour leur énergie, du fuel qu’ils doivent importer du continent. Le vent et le soleil seraient pourtant une énergie gratuite, disponible en quantité, et permettrait leur autonomie énergétique. Souvent, le problème est d’investir initialement les coûts des installations solaires qui seraient la clef de l’autonomie et de la durabilité énergétique. Je rêve que ce genre d’îles devienne des exemples à petite échelle de ce que nous devrions, à l’échelle de la planète, mettre en place pour atteindre un mode de vie durable…

Dans quelques jours, je quitterai l’Ile de Robinson Crusoe et Race for Water à bord d’un petit avion. Je laisserai ce bateau et son équipage poursuivre leur mission. Mais je garderai toujours en souvenir l’odeur des embruns du Pacifique sud goûté à bord de ce bateau silencieux, porteur d’espoir et de solutions partout où il vogue. »