L’avitaillement selon Olivier Rouvillois

Olivier Rouvillois est l’intendant du Race for Water. Un poste garant de la bonne ambiance du bord et de la convivialité de l’équipage. Profitant de la navigation vers la République Dominicaine, Olivier nous décrit son quotidien à travers ses précédentes déambulations dans les rues de La Havane.

Hola !

On a quitté La Havane il y a maintenant quelques jours et on fait route vers Saint Domingue. Une petite navigation d’environ une douzaine de jours avec l’alizé dans le nez et les courants contraires font que nous n’avançons pas aussi vite que d’habitude. Nous faisons donc du rase caillou le long de la côte cubaine pour chercher les contres courants. On a quitté le Gulf Stream qui passait devant La Havane et remontait vers la Floride, pour passer entre Cuba et les Bahamas et prendre la direction de la République Dominicaine. Cette petite vitesse me permet de revenir sur le stop à Cuba et sur mes responsabilités d’intendant qui selon les escales et les infrastructures portuaires peuvent être faciles ou compliquées.

Après les Bermudes, cette deuxième escale à La Havane a été bercée par les rythmes latino, les évènements à bord du Race for Water et les quelques rigueurs administratives cubaines. Elles ne sont pas simples et prennent du temps ! Le bateau est resté en zone internationale toute la durée de notre séjour, ce qui signifie émigration et douane à passer à chaque entrée/sortie pour tout le monde. Les cubains, eux, sont obligés de laisser leur passeport aux douaniers ! Sans oublier des listes à n’en plus finir et à communiquer en permanence aux autorités portuaires pour ramener les courses à bord. Un travail de patience pour tout l’équipage surtout quand nous restions bloqués quelques longues minutes lorsqu’ils perdaient la liste ou qu’elle se retrouvait sur le mauvais bureau.

Mais avant tout, il me faut vous décrire le décor dans lequel nous avons séjourné. Le port de La Havane avec sa superbe entrée encadrée à gauche par une forteresse et à droite par la vieille ville qui débouche sur la baie de La Havane et sa catastrophe écologique : une eau marron, des nappes d’hydrocarbure et des déchets plastiques partout, une torchère qui brule 24/24. Pas vraiment accueillant et loin de l’image de carte postale. Nous étions amarrés sur le terminal des croisiéristes, côté intérieur. Personne ne pouvait nous voir et quand un 2eme paquebot arrivait, nous étions priés d’aller mouiller au milieu de cette baie bien polluée avec interdiction de se servir de notre annexe. « Allo la lancha !!! » ainsi fallait-il héler l’annexe du port pour pouvoir débarquer, nous délestant à chaque passage de 50 dollars.
Pourtant, ça pourrait être un magnifique port avec ces quais qui donnent sur le charmant quartier Viejo. Il ne manque pas grand-chose pour qu’il fasse partie de mon top 10.
Et que dire de La Havane ! Difficile d’imaginer la splendeur de cette cité qui s’est arrêtée un jour des années 50. La vieille ville est juste dingue ! Simple à comprendre avec son architecture si riche et ses monuments majestueux. Aujourd’hui, les rues sont en pleine restauration et quelques endroits dans l’air du temps annoncent qu’une nouvelle génération est en train de prendre vie.

Mon œil d’architecte pourrait passer des heures à déchiffrer les lieux mais c’est l’heure des avitaillements. Aidé de mon amie Bérangère, que j’ai retrouvé à mon arrivée à La Havane et qui va convoyer avec nous le bateau jusqu’en République Dominicaine, il nous faut effectuer l’inventaire, puis établir la fameuse liste des courses ! J’avais lu sur des blogs que la tâche n’allait pas être facile. Et bien c’était vrai ! Chaque marché au cœur de la ville a sa spécificité. Pas beaucoup de variétés dans les produits mais tout est bien écologique et bien mûr (ce qui se traduit pour moi par difficile à conserver à bord !). Tous les échanges se font en CUP, qu’il faut traduire en CUC, et compter en livre ou à la pièce. Chaque légume, chaque fruit est choisi un par un pour trouver les plus beaux. Sur place, nos échanges avec les commerçants sont riches et nous découvrons des gens extraordinaires. L’image inverse des rayons des supermarchés qui sont bien souvent vides ou remplis d’un seul produit selon les arrivages. Un jour de l’eau potable, le lendemain plus rien. Les produits d’hygiène, savon, shampoing sont durs à trouver. Même le papier toilette est une denrée rare. Je n’ai pas réussi à en trouver le premier jour. Du coup j’en ai pris 5o rouleaux le jour où je suis tombé dessus ! A la caisse, les rares caddies cubains sont bien maigres et je suis quelque peu mal à l’aise au moment de vider le mien et de sortir les pesos. Pas le choix ! Il me faut nourrir 18 personnes à midi et 11 le soir, semaine scientifique oblige ! Ça fait donc quelques caddies et quelques sacs.

 

Et l’avantage de faire ses courses avec des sacs à roulettes, c’est de pouvoir déambuler dans les rues, prendre les taxis ou les taxi tricycles, les carrioles et de passer la douane. Ensuite il nous faut scanner les 40 à 50 kilos par sac et les 200 litres d’approvisionnement en eau potable puis retrouver la fameuse liste précédemment communiquée aux autorités. Encore patienter, charger, décharger et enfin ranger le tout à bord de Race for Water. Un marathon à recommencer chaque semaine avec une épreuve finale la veille de l’appareillage vers Saint Domingue.

Mais tout ceci, c’est sans compter sur la gentillesse des cubains, les discussions avec les commerçants et les chauffeurs de taxi, les bonnes astuces de Carlos, les navigations devant le Malecon, les grands déjeuners à 18 et les petits diners à 11, les retrouvailles avec Eric Loizeau, la dernière soirée à terre…

Merci aux cubains, merci Betty, Carlos, Irène, Boris, Alina, Pina, Lanzaro et tous les autres… Que d’émotions, de gentillesse, de vie dans un pays que l’on a du mal à comprendre.

Un saludo!

Olivier