Étudier la pollution plastique des océans : détails de la vie des scientifiques du Race for Water !

Ces deux dernières semaines, six scientifiques européens du projet Ephemare sont montés à bord du navire Race for Water afin d’étudier la pollution plastique des océans. Quels protocoles, dans quels buts et avec quelles techniques ? Explications de Bénédicte Morin, enseignant-chercheur de l’Université de Bordeaux.

 

Les scientifiques du projet d’étude Ephemare analysent les microplastiques des plages Guadeloupéennes.

Race for Water (R4W) : Qu’êtes-vous venus étudier dans les eaux Guadeloupéennes et en quoi cette démarche est-elle novatrice ?

Bénédicte Morin (BM) : Nous sommes venus étudier la quantité, le type et la toxicité de microplastiques présents dans différents milieux de l’écosystème. Ces milieux, appelés compartiments ou réservoirs, nous en avons testé quatre : le sable, le sédiment, l’eau et le biote (ndlr : ce dernier correspondant aux individus vivant dans le milieu marin). Lors de l’odyssée de 2015, nous avions étudié la pollution par les microplastiques provenant de plage du monde entier. Cette fois ci, nous nous sommes intéressés à avoir une vision d’ensemble de la contamination plastique à travers l’étude des différents compartiments, sur un même site de prélèvement.

 

A bord du navire les premières manipulations.

R4W : Comment procédez-vous pour prélever des microplastiques dans ces différents compartiments ?

BM : Sur les plages, nous réalisons des quadras, autrement dit nous délimitons une zone sur la plage, afin de quantifier puis de qualifier les microplastiques présents. Concernant la surface de l’eau, nous trainons des « filets » derrière le navire. En fonction de la taille des mailles du filet, nous récoltons des microplastiques ou du plancton, de très petits organismes à la base de la chaine alimentaire. Afin de tester les sédiments (ndlr : graviers, sable ou vase se trouvant au fond de l’eau), nous plongeons et récupérons un échantillon de ce sol à l’aide d’une benne Van Veen. Pour terminer, nous sommes allés acheter des poissons auprès de pêcheurs locaux puis les avons disséqués afin d’analyser la présence de microplastique dans le tube digestif. Nous avons également pu prélèver des organismes à proximité des plages échantillonnées tels que des oursins et des huitres.

 

Le sédiment marin aussi est étudié afin de comprendre l’impact de la pollution plastique.

R4W : Quelles sont les bilans de ces échantillonnages ?

BM : Pour l’instant, nous n’avons fait que l’étape de « récolte ». Tous nos prélèvements vont être envoyés dans nos universités, en Italie et en France. La caractérisation des microplastiques est une procédure qui se fait en laboratoire et qui prend un certain temps.

Mais nous avons choisi d’étudier deux sites en Guadeloupe : l’un sur l’île de Basse Terre coté est et l’autre sur l’île de Marie-Galante coté sud-est donc sujet à recevoir les microplastiques venant de l’Atlantique. Nous avons observé une quantité plus abondante de macro et microplastiques sur l’île coté est de Marie-Galante probablement liée aux déchets amenés par les courants de la gyre nord-atlantique avec notamment une grande quantité de fibres provenant des activités de pêche. Le site de Basse Terre, malgré sa localisation côté atlantique, est probablement plus protégé des déchets par l’île avoisinante de Grande Terre.

 

En mer, le navire traine un filet Manta afin de récolter les microplastiques en surface.

R4W : En conclusion, qu’avez-vous pensez de cette campagne en mer avec la Fondation Race for Water ?

BM : Très franchement je suis enchantée et suis certaine que mes collègues aussi. Le navire est incroyablement spacieux, nous pouvions y faire un travail de qualité et les équipes du bord sont très accueillantes. Et, bien entendu, c’est extraordinaire de pouvoir mener des études en mer en ayant aucun impact environnemental et ne faisant aucun bruit grâce à ce navire propulsé par des énergies propres.