Eric Loizeau carnet de bord #2: Les premiers jours à bord

Après avoir précédemment relaté son arrivée à bord de Race for Water, notre envoyé spécial Eric Loizeau profite de la navigation vers la République Dominicaine pour revenir sur ses premiers jours à Cuba.

Lundi 7 aout 16h30 locales.

Nous avons quitté finalement La Havane avec plus de 12 heures d’avance sur le planning après avoir effectué avec Bunny et Bérangère tout l’avitaillement du bord dans le marché local et les deux uniques supermarchés de la ville. Une dernière clearance, un adieu aux pilotes et nous embouquons le chenal de sortie juste au moment où éclate un énorme orage tropical accompagné d’intenses éclairs, de majestueux coups de tonnerre et d’une pluie diluvienne. C’est assez étrange de quitter cette ville dans ces conditions après trois jours de grand soleil et de chaleur caniculaire.

En compagnie de l’équipage, j’ai vécu à bord trois intenses journées de recherche scientifique en compagnie de l’équipe mixte de chercheurs composée de cinq cubains et trois norvégiens. Et je peux vous dire que l’on n’a pas chômé …. Lever à 6 heures, petit déjeuner rapidement envoyé, accueil des scientifiques locaux (les norvégiens dorment à bord), attente de la clearance et des Pilotes (obligatoires avant chaque mouvement du bateau, bonjour la paperasserie…. Pascal adore… !!), installation du plan de travail sur la plate-forme arrière, départ en mer pour une mission qui va durer jusqu’au soir avec une pause minimaliste pour déjeuner.

Filet Manta que l’on traine derrière le bateau pour récupérer des échantillons d’eau de mer, sonde à sédiments que l’on envoie par 20 mètres de fond en différents points prévus d’avance et que notre capitaine retrouve avec précision grâce au GPS. Tout le monde s’affaire, équipage compris, au milieu de la multitude de bocaux, éprouvettes et bouteilles divers, les 30 mètres carrés de la plage arrière (alias la Marina) transformés en laboratoire de recherche directement ouvert sur l‘océan. Dans l’après-midi l’alizé se renforce levant une mer courte qui nous prenant par le travers met à mal certains estomacs peu habitués à ce traitement.

Quelques heures plus tard, un coucher de soleil magnifique illumine l’architecture colorée pastel de cette ville étonnante que nous longeons dans le silence des moteurs électriques en prenant enfin le temps d’un apéritif sur le pont supérieur. Seule ombre au tableau, l’eau pure turquoise du large s’est changée en une sorte de magmas boueux mélange de pétrole, carburant et pollution urbaine que vident sans vergogne les égouts et qui maculent de traces jaunâtres la robe blanche de notre navire écologique.

Nous devons en convenir, la protection de l’environnement n’est malheureusement pas le point fort de La Havane. Les cubains urbains ont, semble-t-il d’autres soucis à gérer comme le simple fait de se nourrir chaque jour….      

Mardi 8 aout.

Nous voici en équipage réduit, plus que huit à bord, cela va grandement faciliter la vie de Bunny et Bérangère chargés jusqu’ici de nourrir l’ensemble de notre petite troupe d’une bonne quinzaine de personnes.

Après qu’Anne-Laure notre jolie capitaine en second nous ait pris à part pour un briefing sécurité, Bunny organise les quarts de service, cuisine, nettoyage, rangement, la vie à bord s’organise…

Après plusieurs discussions et analyse des fichiers météo, nous avons décidé de passer par la route nord, au vent des îles, plus courte de 150 milles par rapport à la route sud, envisagée au préalable à cause de la présence de cyclones en formation. Mais pour l’instant, cela ne semble pas nous donner raison. L’alizé est plus fort que prévu par les grids, 18 nœuds plutôt que 10 et cela change tout parce que face à la mer courte et avec un courant défavorable nous n’avançons qu’à un peu plus de deux nœuds sur le fond.

La côte cubaine défile avec une lenteur infinie sur notre tribord. C’est une sorte d’éloge de la lenteur qui nous permet lecture et écriture, de prendre notre temps aussi à l’abri des téléphones et des écrans qu’internet n’alimente plus. Comme maintenant où adossé à un pouf moelleux, bien aéré par la fraiche ventilation de l’alizé, j’écris tranquillement en écoutant la douce voix de Joan Baez.