Décharge sauvage et mangrove

 

« Mon expérience en Guadeloupe s’est faite en deux phases : avant et après cette expérience dans la mangrove… », raconte Serge Pittet, Directeur général de la Fondation. Alors que cela faisait plus d’une semaine que les équipes de Race for Water sillonnaient l’île afin de comprendre la problématique de la pollution plastique, les conclusions se voulaient plutôt positives : pas d’immenses amas de déchets sur les plages, quelques sacs poubelles abandonnés et à priori pas de décharges sauvages. Tous semblaient alors pousser un ténu « ouf  » de soulagement. « Vous n’êtes pas allés aux bons endroits », rétorque Julien, guide de pêche sur l’île. Depuis plusieurs années, le jeune homme emmène dans la mangrove ses clients amateurs de pêche au « no-kill », une technique visant à relâcher le poisson immédiatement après l’avoir pêché. Et d’ajouter : « Si vous le souhaitez,  je peux vous y emmener lundi matin à l’aurore afin que vous découvriez la réalité des choses ».

À 6h30 tapantes, Serge et Peter, média-man de la Fondation, embarquent à bord du petit bateau à fond plat de Julien. Naviguant tout d’abord en parallèle de la raffinerie de Point-à-Pitre, c’est dans un décors d’énormes réservoirs marqués « fioul lourd » et « résidus » qu’avancent lentement les explorateurs. Au loin ils distinguent une plage, couverte de macro-déchets. « L’air ambiant sentait l’hydrogène sulfureux (H2S), il aurait fallu pouvoir analyser l’eau et le sable mais aucun d’entre nous n’a souhaité se baigner afin d’atteindre la plage… », commente Serge. Pour Julien, cette odeur était due au pourrissement d’algues vertes résultant du récent passage du cyclone Maria.

Les équipes de Race for Water à la recherche de la décharge sauvage

 

S’enfonçant encore dans la mangrove, Julien les conduit ensuite sur un bras de la Rivière Salée, que les pêcheurs surnomment « rivière caca ». « Nous étions en train de longer la décharge de la Gabarre que nous devinions derrière un immense amas de terre pilée rouge ocre. », raconte Serge. Et de poursuivre : « De loin, l’eau semblait simplement un peu brunâtre. En se rapprochant, nous avons découvert une grande quantité de déchets plastiques de toutes sortes, des voitures abandonnées, des écrans TV pris dans la vase et même un animal crevé. C’était horrible et une odeur nauséabonde nous entourait ». Pour la première fois en Guadeloupe, les équipes de la Fondation découvrent une décharge sauvage. Selon certaines sources, cette dernière existe depuis de longues années et, bien que le tri-sélectif soit maintenant obligatoire sur l’île, c’est peut-être par facilité que certains jettent encore leurs déchets à la rivière. « Il est clair qu’il faut continuer à sensibiliser les populations, leur expliquer la toxicité des déchets plastiques et les aider à agir », dit Peter. Une expérience loin d’être un cas unique mais qui se répète au fur et à mesure des îles visitées par la Fondation et dénotant de l’importance d’agir rapidement.

 

Une décharge sauvage dans un bras de la Rivière Salée