Clap de fin sur les missions scientifiques de Diego Alonso Valverde Labarca.

Alors que notre équipage s’apprête à mettre pied à terre à l’île de Pâques, l’expédition menée par Diego, notre scientifique chilien, qui est à bord de Race for Water depuis Concepción se clôture.

Témoignage sur ses missions à bord :

Diego : « En plus d’estimer l’abondance et la distribution des déchets flottants en surface de l’eau depuis le pont de Race for Water, j’ai dénombré les oiseaux aux jumelles. Les oiseaux ont deux aires de répartition, celle de nidification et celle de dispersion. Actuellement, nous avons d’excellentes informations sur la nidification, mais très peu sur la dispersion. Nous avons donc mis en place un protocole de comptage spécial que j’applique. J’observe 8 heures par jour sur environ 300 mètres de chaque côté du bateau et vers l’avant. Ainsi, je compte tous les oiseaux présents dans cet arc de cercle. Je compte les oiseaux par groupe ; si j’en vois un seul une première fois, il faut que j’attende d’en voir deux ensemble la fois suivante pour comptabiliser ! Sinon je compterais probablement le même plusieurs fois.

J’ai observé 4 types d’oiseaux chaque jour :
l’albatros hurleur (Diomedea exulans), l’albatros à sourcils noirs (Thalassarche melanophris), le pétrel géant (Macronectes giganteus) et le pétrel de De Filippi, espèce spécifique de Juan Fernandez (Pterodroma defilippiana).

Ces oiseaux sont des pélagiques, ils ne rentrent à terre que pour nidifier 1 à 2 fois par an. Leur pic de nidification a lieu de novembre à décembre et dure environ 2 mois. Toutes ces informations récoltées sont mises en perspectives avec d’autres données comme par exemple les courants marins, la concentration en phytoplancton, algue et zoo plancton mais aussi la température de l’eau et pleins d’autres variables. Le but étant de comprendre la manière dont ces oiseaux marins se répartissent. »

Le scientifique poursuit en nous apportant également plus de précision sur son opération avec le filet spécial « AVANI » qui lui sert à récupérer les microplastiques en eau de surface.

Diego : « A la fin de chaque trait de filet AVANI, on rince l’intégralité du filet à l’eau de mer. Au bout de ce filet se situe un collecteur et ainsi, en rinçant, toutes les particules tombent dans le collecteur. Le collecteur est ensuite séparé du filet et son contenu est transvasé dans un bocal en plastique. Le bocal n’est rempli qu’à moitié et l’autre moitié est complétée avec de l’éthanol à 95%. L’éthanol permet de préserver le plastique mais aussi tous les organismes présents dans le trait (plancton, alevin, œufs, algues…) En outre, cela permet de préserver les organismes qui ont colonisé les particules de plastique (œufs d’insectes ou de poissons, bactéries, algues, et des petits invertébrés) ce qui nous intéressent tout particulièrement. Ces prélèvements partiront avec moi de l’île de Pâques pour l’Université Catholique du Nord à Coquimbo où ils seront analysés en utilisant une loupe grossissante.

L’objectif étant de séparer les morceaux de plastiques du reste et de les classer par couleur et taille. Nous allons ainsi compter la quantité de particules obtenues pour chaque trait, puis, nous allons extrapoler la densité de ces micro-particules pour une zone donnée, grâce aux relevés des positions réalisées pour chaque trait, ainsi qu’à l’évaluation de la surface d’eau filtrée. Il est également possible que nous analysions les organismes présents sur le plastique. »

Dernière mission sur l’île de Sala Y Gomez pour clôturer cette expédition scientifique :

« Nous avons récolté des nids de frégates mais uniquement des vieux nids puisque nous sommes en plein dans la période de nidification. Le nid est photographié, sa position GPS est notée. Je le ramasse le plus intégralement possible, et le conserve seul. Nous avons collecté environ 30 nids de frégates. Ensuite, j’ai cherché les nids d’autres espèces et je les ai photographiés, puis j’ai noté leur position GPS. S’il y avait du plastique qui constituait ces nids, je l’ai prélevé (mais uniquement le plastique).

Avec Anne et Margaux, nous avons aussi collecté environ 10 oiseaux morts pour examiner leur contenu stomacal et observer ou non la présence de plastique.

En ce qui concerne les espèces qui se nourrissent de poissons (Frégates, Pailles-en-queue et Sternes) je n’ai pas trouvé de plastiques dans leurs estomacs, sauf chez une frégate qui présentait un petit morceau de fil de pêche d’un centimètre environ.

En revanche, sur les 3 Océanites à gorge blanche (Nesofregetta fuliginosa) ramassées, 4 avaient du plastique dans l’estomac ! Ces 3 oiseaux marins avaient d’ailleurs l’estomac entièrement rempli de particules. Par rapport à la taille de ce dernier, cette quantité de plastique est impressionnante et en proportion bien supérieure à ce qu’on peut trouver dans des oiseaux de plus grande taille. Il est probable que ce soit la cause de leur mort.

Un Puffin fuligineux (Puffinus griseus) avait aussi l’estomac rempli de plastique et il est possible que ce soit la cause de sa mort car il présentait une obstruction du système digestif.

Les Puffins et les Océanites à gorge blanche eux se nourrissent de petits organismes qui flottent en surface (planctons, insectes, alevins, œufs) et comme il y a également des micro particules de plastiques qui flottent en surface, il n’est pas étonnant d’en retrouver dans leurs estomacs.

Nous avons malheureusement trouvé bien plus de microparticules de plastique dans l’estomac de ces oiseaux morts collectés que ce que nous ramassons dans notre trait de filet de 40 min tous les jours…

Anne et Margaux m’ont également aidé à collecter des plastiques sur les plages et autour des colonies d’oiseaux.

Nous avons sélectionné les plastiques suivants :

  • Ceux qui présentaient des traces d’organismes les ayant colonisés.
  • Ceux qui présentaient une écriture, une étiquette ou tout autre indice permettant d’identifier leur origine.
  • Et enfin, nous avons également collecté ceux qui présentaient des traces de morsures.

Le plus intéressant furent deux bouteilles plastiques avec des écritures d’origine chinoise. Il y a peu de chance que ces bouteilles viennent de Chine par la mer, étant donné d’une part que les courants ne portent pas vraiment par ici, et d’autre part que les bouteilles étaient en relativement bon état, elles n’ont donc pas eu un séjour prolongé dans l’eau. Je crois plutôt qu’il s’agit de pêche illégale dans la région. »