Au milieu de l’Atlantique, les ressentis de l’équipage

Actuellement au milieu de l’Atlantique et depuis plus de deux semaines en pleine mer : comment va l’équipage ?

 

Pour Olivier, intendant à bord du navire, la routine est en place :

« Tous les jours après un sacré bon petit-déjeuner, je potasse un peu, réfléchis, post-it, puis un petit tour dans mes soutes, endroit où la nourriture est stockée. Je commence toujours par le frais. Dans le noir plié en deux, à la lueur de ma frontale, j’inspecte fruits et légumes, les retourne, les nettoie avant de puis prélever la part journalière… Je prépare pour le chef les ingrédients pour les deux repas du jour.

Réserve de fruits et légumes du bord

Aujourd’hui c’est au tour de Martin, je lui colle même la recette et il joue le jeu. Une belle salade toute croquante et une poêlée à tomber ! Allez, 3 étoiles pour Martin ! »

Martin, chef cuisinier du jour et l’équipage autour de la table 

 

Déjà deux semaines de pleine mer, comment Anne, vis-tu ta première traversée de l’Atlantique ?

« Parfois je rêve de terre ! Ça doit me manquer un peu inconsciemment, en même temps il n’y a que du bleu autour de nous…. Cette traversée est une opportunité qui ne se représentera pas de sitôt, alors autant essayer d’en profiter au maximum ce que je fais !

Une mer aux reflets d’argent

Et puis il y a la notion du temps qui semble changée. Déjà deux semaines que nous avons quitté Funchal sur l’île de Madère direction les Bermudes et j’ai l’impression que ça fait bien plus… Traverser l’Atlantique avec ce navire est assez long, mais je savais que ça allait prendre du temps avant de partir. Pourtant, je me rends compte que c’est seulement une fois lancé dans cette navigation que l’on se rend vraiment compte de ce temps.

Annelore me raconte qu’elle avait eu la même impression lorsqu’elle a voyagé en Australie. Lorsqu’on le regarde sur une carte, c’est vrai que l’on remarque que l’océan est vraiment grand, mais en fait, on s’en rend vraiment compte que lorsqu’on commence à faire des kilomètres à des petites vitesses.

Pascal, capitaine du navire et Martin, ingénieur à la lueur de la nuit

 

Et puis, il y a cette impression de solitude. Nous avons croisé peut-être 4-5 navire depuis le départ de Funchal, je m’attendais à en voir plus ! Heureusement, on a de temps en temps des dauphins qui viennent se caler aux étraves des flotteurs et nous tiennent compagnie pendant quelques temps, ou encore des poissons volants qui viennent « atterrir » sur les panneaux solaires… sans forcément redécoller ensuite hélas.

Gros plan sur les panneaux photovoltaïques

Quant à la vie à bord, elle est assez similaire à celle que nous avons eu à terre lors de la préparation du navire, en ralenti peut-être. Sur une liste, nous avons chacun nos petits travaux à faire pendant la transat, ainsi que des tâches ménagères. On a mis en place un tableau avec un système de rotation afin que chacun participe à la vie en communauté. L’ambiance est bonne à bord, c’est motivant.

Pour ma part, je travaille souvent avec Olivier sur l’aménagement, comment optimiser l’espace : préparer des étagères pour que l’on puisse ranger nos voiles de kite et les pod, ranger le laboratoire afin que les scientifiques puissent profiter pleinement de l’espace qu’on a à leur proposer… et diverses autres tâches. »

Coucher de soleil en mer

Première transatlantique au mixte énergétique : la vision de Franck David

Aujourd’hui le navire Race for Water est parti pour sa première traversée de l’Atlantique avec sa propulsion issue du mix énergétique. Franck David, directeur des opérations, explique les défis d’une telle navigation.

Traverser l’Atlantique est une chose très différente en termes des météorologies par rapport à une navigation le long des côtes comme lors de la descente de Lorient à Madère. Durant une transatlantique, le navire et l’équipage, vont rencontrer plusieurs systèmes météo différents. Par exemple, nous savons qu’aujourd’hui il y a des grosses dépressions situées sur les Bermudes. Nous savons aussi que ces dépressions avancent toujours d’Ouest en Est, donc le navire va à leur rencontre il va falloir réagir en fonction. Et l’équipage sera réduit par rapport à la première traversée. Cinq personnes à bord ainsi que Marco Simeoni et un ingénieur de Skysails.

Durant la première navigation les conditions de vent ont été clémentes avec un vent arrière, poussant le navire et permettant d’utiliser le kite à multiples reprises. Pour aller aux Bermudes, nous savons que nous allons rencontrer du vent de face, avec des vagues. Il va falloir que Martin, ingénieur de bord et Pascal, capitaine, prennent les bonnes décisions au bon moment. A bord, ils reçoivent des cartes météo (vent, ensoleillement, vague) quatre fois par 24 heures. Le choix de la meilleure route est totalement lié à la gestion des énergies.

 

APPRENDRE LA MIXITÉ ÉNERGÉTIQUE

 

Nous ne les aidons pas à prendre les bonnes décisions depuis la terre, par contre, nous discutons des calculs des options en fonction de la vitesse du navire et des conditions de la mer. C’est très intéressant d’apprendre l’utilisation de la mixité énergétique et nous tirons déjà des enseignements de notre première navigation ! Lors de la navigation Lorient – Madère, nous avons appris sur la configuration du navire utilisant deux énergies pour sa propulsion, le solaire et la voile de kite. Nous avons maintenant une meilleure idée des vitesses qu’il est possible d’atteindre avec le navire dans telles ou telles conditions de vent et d’ensoleillement et utilisant le kite, le solaire ou le mix.

Photos de Marco Simeoni du départ de Madère

 

Grâce à ces données, nous sommes capable d’affiner les routages et de prendre des décisions plus adaptées aux capacités extraordinaires de notre navire. Et puis, le plus important est de savoir que tout va bien à bord et que l’ambiance est au top, pour ça je ne me fais pas de souci !

Franck

 

Un départ fort en émotions

 

Hier à 15h, le navire Race for Water et son équipage appareillaient pour une Odyssée de cinq ans. Des sourires pour cacher des larmes, des embrassades et des éclats de rire rythmaient l’ambiance au ponton de départ. Dans les yeux des proches une infinie fierté transparaissait.

 

 

 

 

 

 

 

 

Vient le moment où l’équipage monte à bord. Dernières accolades, l’équipe est concentrée sur la manoeuvre, le navire largue les amarres. Pas prêts de les laisser s’en aller seul direction l’horizon, les proches embarquent sur des bateaux à moteurs, voiliers et autres semi-rigides. Une flottille s’organise pour prendre le sillage du Race for Water. Sur l’eau dans la rade de Lorient, on se fait des signes, on crie sa fierté, on siffle et on applaudit l’engagement des marins.

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est temps de les laisser voguer vers leur mission pour la préservation des océans. Un équipage qui part autour du monde pour proposer des solutions qui feront changer les choses. Partir n’était certainement pas une décision ni un acte facile. Réussir à quitter, même pour quelques mois, ses proches, ses amis et son quotidien montre l’engagement des membres de l’équipage et leurs convictions dans ses solutions qui existent pour la préservation des océans.

Hier avait lieu le départ de l’Odyssée de l’espoir.

 

Photos : Peter Charaf et Pierre Bouras