« Bonjour la terre, ici la mer ! »

Margaux Chalas en charge de l’intendance du bord a pris sa plume virtuelle afin de partager avec nous quelques épisodes de vie à bord et son ressenti du moment :

« Il y a près de huit jours, vendredi dernier, nous avons dit au revoir à Juan Fernandez et à la terre pour les 20 prochains jours au bas mot. Séquence émouvante pour nous, cette île nous aura sûrement marqués plus que nous l’admettrons, un petit coin de paradis aux paysages intactes, aux habitants modernes, ouverts d’esprits, chaleureux et touchants. Cette faune et cette flore si particulière, cet équilibre entre humains et animaux se côtoyant au quotidien. Les chevaux sauvages viennent brouter sur le stade de foot et roder autour des barbecues. Les chiens du village nous servent de guide pendant les randonnées, les otaries endémiques s’approchent sans vraiment de crainte, les poissons grouillent, en particulier sous le ponton de débarquement. Tout le village défile, jour après jour, récupérer son déjeuner grâce à une ou deux lignes de traîne en bout de quai ; les mères avec leurs enfants après l’école, les grands-pères et leurs petits-enfants, les amis, les collègues de travail, et puis les incorrigibles pêcheurs du petit matin, sur place depuis l’aube. . C’est une activité on ne peut plus routinière pour eux ! Certains moins frileux se mettent à l’eau et partent en apnée, toujours autour de ce même garde-manger. C’est à croire qu’il est inépuisable ! L’impression que nous avons eu plusieurs fois est que les poissons n’attendent qu’à être pêchés !


Nous avons reçu de la part des habitant de l’île plusieurs jolis cadeaux. L’administration a fait graver pour nous une plaque en verre. L’associations de restaurateurs nous a offert et dédicacé un livre des plantes endémiques réalisé par Phillipe Danton.

Nous sommes mercredi, 5ème jour de mer. La mer est d’un calme pacifique, rien à voir avec la traversée précédente Lima/Valparaiso ! La houle est longue, le vent vient du portant et cela fait deux jours que les panneaux solaires arrières sont relevés et nous servent de voiles. Nous consommons donc un minimum d’énergie (entre 4 et 6 KW) pour une vitesse de croisière de presque 4 nœuds !


Le kite ne volera malheureusement pas dans les jours à suivre, car le pied du mât montre quelques faiblesses. Nous sommes donc en pleines réparations, et comme nous sommes obligés de travailler à l’extérieur, nous avons installé une tente de fortune pour protéger la stratification encore fraîche, d’un éventuel grain !

Le soleil est, depuis deux jours, assez paresseux. La nouvelle lune et son joli croissant n’auront pas suffi à lui faire sortir le museau. Une jolie couverture nuageuse ne vient pas arranger notre charge énergétique, mais nous comptons sur un dégagement sous peu. D’ailleurs, depuis le début d’après-midi, les percées de bleu arrivent tant bien que mal jusqu’à nous et nous voyons des pics de production d’énergie assez fulgurants !

Les couchers et levers de soleil s’alternent à ceux de la lune, pour notre plus grand plaisir!

Nous assistons au ballet incessant des oiseaux de mer, pétrel, albatros, fou de Nazka,  fardele … avec un émerveillement enfantin.

Anne Lechantoux, alias « Toux », a vu hier matin un albatros immense qui est vraiment différent des autres quant à son pelage ; nous l’avons donc baptisé : « l’Albatoux » ! Jevous joins une photo de ce spécimen immense, même Diego en a rarement vu d’aussi grand.

Comparé au pétrel géant, qui est d’une envergure moyenne de 1,5m, on se rend assez bien compte de la taille de la bête !


Les grands oiseaux, observent d’un œil curieux la mise à l’eau et la remontée du filet Manta, c’est à ce moment qu’ils sont le plus près du bateau. Les plus petits passent juste au-dessus de nos têtes avec de plus en plus d’assurance et d’effronterie 🙂

 

Jour après jour, nous gagnons en Ouest et en température, quel bonheur ! Nous franchissons les méridiens sur cet océan d’huile, et laissons tomber petit à petit les pulls et les chaussettes ! Lorsque nous sommes partis de Juan Fernandez, nous avions une moyenne de 12 °C, nous voilà à l’instant où je vous écris avec un joli 22,5°C !!

A bord, nous essayons de ne pas tomber dans la routine, les jours se ressemblant assez vite dans ce genre de traversée. Le visionnage de documentaires sur nos prochaines escales nous fournit des discussions multiples, tout comme la météo ou la technique. Nous essayons de garder un petit lien avec la terre grâce aux diverses nouvelles de nos proches, cela permet de savoir quel jour on est ! Et puis pour marquer les semaines, nous gardons le dimanche de libre, avec nos quarts bien sûr, mais le repas se transforment en brunch et chacun est libre de ses occupations. Le bateau embaume alors l’odeur des pancakes ou des gâteaux, chacun prenant le temps d’apprécier son temps libre.

A bientôt,

Margaux, votre dévouée reporter sans frontière ^^

Crédit photos : Margaux Chalas/R4W