L’île de Sala Y Gomez à vue

Alors que l’île de Sala Y Gomez est à vue de Race for Water, Annabelle Boudinot nous envoie quelques nouvelles :

« En transition

La température change et la vie autour de nous aussi !
Il y a encore une semaine nous étions entourés d’oiseaux marins du type Albatros, Petrel et la Fardela de Juan Fernandez. Depuis quelques jours sont apparus les frégates et les pailles en queue. Ces oiseaux sont signes de terre ; en effet, quand les uns parcourent les océans et ne reviennent à terre qu’une ou 2 fois par an, les autres reviennent quotidiennement sur l’île.

Dans l’eau, nous avons aussi observé des changements. Nous sommes passés d’une température de de 15°C en quittant Concepcion, à presque 20°C aujourd’hui.
Les physalies sont apparues, organismes bizarres de la catégorie des planctons. Il s’agit de 3 organismes qui cohabitent ensemble constituant une poche qui flotte en surface (et dérive avec le vent) avec des longs filaments qui font très mal si on s’y frotte !
Il y a 2 jours, nous avons pêché notre première dorade coryphène ! Elle a vite été débitée en sashimi !

Ce matin, nous approchons de l’île de Sala Y Gomez, une réserve pour les oiseaux. »

Surveillés par Annabelle, Martin Gavériaux et Anne Le Chantoux sont partis en reconnaissance de l’île sur laquelle Diego Alonso Valverde Labarca, scientifique chilien de l’Université Catholique du Nord (UCN), va effectuer des observations d’oiseaux.

Copyright photos : Margaux Chalas.

Ralliement vers l’île de Pâques

Macrodéchets en vue et microplastiques dans les filets manta ! Le navire Race for Water poursuit sa route jusqu’à l’île de Pâques.

Un changement de courant à soudain fait apparaître des déchets en surface. En seulement 20 minutes la quantité de microparticules de plastiques récoltés par Diego Alonso Valverde Labarca, scientifique chilien de l’Université Catholique du Nord (UCN) en mission à bord pour cette navigation, est impressionnante.

Nous sommes pourtant à plusieurs milliers de kilomètres des côtes d’Amérique du Sud mais également en bordure du gyre Pacifique Sud où les courants créent des tourbillons géants qui capturent et accumulent les déchets restés en surface. Certains sont encore gros mais la plupart se sont déjà fragmentés en microparticules.

  

L’île de Pâques est une des grandes victimes de ce gyre puisque chaque année plusieurs dizaines de tonnes de plastiques se déversent sur les côtes de cette île mythique dont la superficie ne dépasse pas les 164km2. Elle doit aussi trouver des moyens pour gérer ses propres déchets générés par 7000 habitants mais également par la visite de plus de 120 000 touristes par an.

En 2015, la première Odyssée Race for Water faisait escale sur l’île et avait pu analyser les plages avec plusieurs figures emblématiques des Rapa Nui comme Mama Piru qui se bat depuis plus de 30 ans pour limiter les déchets mis en décharge ou brulés à ciel ouvert. Une partie des déchets recyclables sont ainsi collectés et stockés en attendant de leur trouver une seconde vie.

Le retour de Race for Water sur l’île a cette fois pour but d’aider à l’implémentation de solutions locales. De nombreux déchets comme le plastique ont un pouvoir calorifique important. Alors pourquoi ne pas les utiliser pour produire de l’électricité ?
Cela permettrait de remplacer des milliers de litres de diesel que l’île doit importer chaque année pour produire son énergie, par des déchets qui s’accumulent chaque jour dans la décharge à ciel ouvert. Ne serait-ce pas la réponse à deux problèmes majeurs ?

Ces enjeux vont être discutés en profondeurs durant les dix jours prévus sur Rapa Nui.

#R4W #Learn #Share #Act #plasticwastetoenergysolutions#hightemperaturepyrolisis #oceanpreservation #plasticfreeocean

News du bord : Il était une fois l’Amérique du sud en hiver 

Pour la première fois depuis longtemps, le kite a été hissé à bord de Race for Water. Annabelle Boudinot, second capitaine, nous explique pourquoi il n’a pas été hissé plutôt ; il était une fois l’Amérique du sud en hiver…

Annabelle : « Aujourd’hui le kite était de sortie. Ça faisait bien longtemps, pour comprendre pourquoi, voici une petite explication de météo générale en Amérique du sud, en hiver !

Jusque là, de Lima à Concepcion, les vents étaient contraires, ce qui est normal sur ce trajet. Ensuite, en quittant Concepcion pour Juan Fernandez, lorsque les vents furent portants, ils étaient d’une part un peu forts, et d’autre part, la mer était très agitée, rendant l’envoi du kite difficile.

Ce n’est pas très étonnant, le trajet Concepcion – Juan Fernandez, est, toute proportion gardée, un peu comme si, dans l’hémisphère nord, on parcourait Vigo-Les Açores en plein mois de Janvier : il faut partir entre les dépressions, et la mer risque d’être un peu agitée.

Mais depuis que nous avons quitté Juan Fernandez, nous naviguons plutôt vers le nord, et nous rapprochons de la limite dépressions-alizés.

En réalité, les dépressions du sud parcourent assez librement le Pacifique ; une belle étendue d’eau comme ça, sans obstacles majeurs, cela forme de grosses dépressions, encore plus impressionnantes que nos dépressions hivernales en Bretagne !

Sur le nord Chili, il y a généralement un anticyclone, qui descend plus ou moins sud. Cet anticyclone tend à chasser les dépressions vers la pointe sud de l’Amérique. Quand la dépression approche, il se coince entre elle et la Cordillère des Andes. La dépression n’a pas d’autre choix que de s’échapper vers le sud, « arrosant » le sud Chili et épargnant le nord. Ce n’est pas pour rien que le nord Chili est un désert, et l’île de Chiloé en Patagonie chilienne est un des endroits du monde où il y a le plus de précipitations !

Pour en revenir à la situation de Race for Water, plus nous allons dans le nord, plus la mer se range et les vents s’ordonnent. Ainsi, nous avons enfin pu sortir le kite de son sac, et effectuer un vol de plus de 6 heures !

Ce qui nous a permis d’avancer à une vitesse moyenne de 6 nœuds environ, sachant que notre vitesse moyenne se situe autour de 4 nœuds, c’est intéressant ! A noter : pour avancer à 4 nœuds, il nous faut dépenser environ 10kW. Lorsque le kite nous tire, nous ne consommons rien !

Nos batteries ont profité de l’occasion pour se faire un plein non négligeable, et nous avons engrangé 34% de plus, soit environ 250kWh. Pendant ce temps, la consommation des autres appareils du bord continue. Donc, en réalité, nous avons produit un peu plus en solaire.

Corrélation directe de notre trajet vers le nord, la production solaire augmente :
– d’une part car nous trouvons de plus en plus de soleil entre les nuages,
– et d’autre part car l’angle entre le soleil et notre bateau s’améliore.

Pour une production optimale, il faut que le soleil soit perpendiculaire aux panneaux. Comme nos panneaux sont horizontaux, il faut pour nous que le soleil soit au zénith!

Autre corrélation directe, nous avons rangé les bonnets et sorti la crème solaire ! 🙂

A très vite,

Annabelle depuis le bord de Race for Water

Missions scientifiques à bord de Race for Water

Si les prélèvements de microplastiques en eau de surface pour le projet « Plastisphère » (NIOZ) se poursuivent, en parallèle, s’ajoutent une mission sur les déchets flottants en mer et un échantillonnage de microplastiques entre Concepción et l’île de Pâques (UCN et ESMOI)

Depuis le départ de Concepción, Diego Alonso Valverde Labarca, scientifique chilien de l’Université Catholique du Nord (UCN) a rejoint notre équipage sur le Race for Water pour accomplir 3 différentes missions scientifiques entre les côtes chiliennes et l’île de Pâques :

  1. Estimer l’abondance et la distribution spatiale des déchets flottants en mer
  2. Estimer l’abondance des microplastiques en eau de surface
  3. Faire escale sur l’île de Salaz y Gomez pour recenser des oiseaux nicheurs et l’impact des déchets plastiques sur ces oiseaux

Ces 3 missions sont issues d’une collaboration scientifique avec le Dr. Martin Thiel, biologiste et docteur en océanographie à l’Université Catholique du Nord au Chili (UCN) et son collègue, Dr. Guillermo Luna-Jorquera, co-directeur du ESMOI (Ecologie et gestion durable des îles océaniques).

Kim Van Arkel, conseillère scientifique pour la Fondation Race for Water : « Nous avions rencontré Martin Thiel lors de notre première escale à Valparaiso durant la première Odyssée en 2015. Nous avions alors rendu visite aux jeunes chercheurs qui ont mis au point un programme de science citoyenne : « Cientificos de la Basura » que Martin Thiel dirige Ces jeunes appliquent une méthode scientifique avec des élèves et leurs enseignants depuis 2007 pour étudier le problème des déchets sur les côtes chiliennes. »


Le ESMOI est quant à lui un institut qui travaille en collaboration étroite avec l’UCN (Université Catholique du Nord au Chili) pour construire une stratégie de management durable et de conservation de la biodiversité des îles océaniques chiliennes. Guillermo Luna-Jorquera y contribue principalement par l’étude de l’écologie et de la nidification des oiseaux de mer en réponse aux conditions spécifiques de Rapa Nui et de Salaz y Gomez. Il collabore avec Martin Thiel pour comprendre l’impact des déchets sur ces oiseaux de mer.

C’est donc toute une étude complémentaire qu’ils ont confié à Diego pour cette longue traversée du Race for Water entre le Chili et l’île de Pâques.

Kim van Arkel : « Du fait des mauvaises conditions rencontrées entre Concepción et Robinson peu d’échantillonnage ont pu être réalisés. Fort heureusement depuis leur départ de Robinson la mer s’est adoucie et tous les jours l’équipage aide à la mise à l’eau du filet et suivent les observations de Diego sur le contenu des échantillons et sur les oiseaux marins rencontrés avec une forte curiosité. »

Focus sur le protocole suivi en mer

Pour la première mission, l’estimation de l’abondance et de la distribution des déchets flottants en mer se fait par l’observation et la surveillance continue de la surface à partir du pont du navire. Diego utilise la méthode dite du « transect » pour déterminer la surface échantillonnée et la densité des matériaux flottants grâce à la position et la distance par rapport au navire.
Diego observe aussi les oiseaux avec ses jumelles et fait rare, il a observé un fou de Nazka!

Pour la deuxième mission qui consiste à estimer l’abondance des microplastiques en eaux de surface, un filet particulier amené par Diego est utilisé, c’est le filet « AVANI ». Grâce à sa forme particulière, il peut être utilisé à une vitesse de plus de 4 nœuds permettant ainsi de ne pas arrêter le navire qui navigue à cette vitesse moyenne.

 

Les prélèvements pour le projet « Plastisphère » toujours en cours

En parallèle, nos marins effectuent régulièrement des prélèvements de microplastiques en eau de surface pour le projet « Plastisphère » à l’aide du filet Manta classique du bord. Quelques copépodes bleus électriques et autres planctons aux couleurs étranges composent leurs dernières récoltes (Lire notre dernier article sur le projet Plastisphère).

Kim van Arkel : « Nous avons hâte d’en savoir plus sur leurs découvertes et espérons que la météo sera clémente pour leur escale sur l’île de Salaz y Gomez afin que Diego puisse effectuer sa 3ème et dernière mission avant que le Race for Water ne rejoigne la terre des Rapa Nuis.»

Crédit photos : Margaux Chalas/R4W

« Bonjour la terre, ici la mer ! »

Margaux Chalas en charge de l’intendance du bord a pris sa plume virtuelle afin de partager avec nous quelques épisodes de vie à bord et son ressenti du moment :

« Il y a près de huit jours, vendredi dernier, nous avons dit au revoir à Juan Fernandez et à la terre pour les 20 prochains jours au bas mot. Séquence émouvante pour nous, cette île nous aura sûrement marqués plus que nous l’admettrons, un petit coin de paradis aux paysages intactes, aux habitants modernes, ouverts d’esprits, chaleureux et touchants. Cette faune et cette flore si particulière, cet équilibre entre humains et animaux se côtoyant au quotidien. Les chevaux sauvages viennent brouter sur le stade de foot et roder autour des barbecues. Les chiens du village nous servent de guide pendant les randonnées, les otaries endémiques s’approchent sans vraiment de crainte, les poissons grouillent, en particulier sous le ponton de débarquement. Tout le village défile, jour après jour, récupérer son déjeuner grâce à une ou deux lignes de traîne en bout de quai ; les mères avec leurs enfants après l’école, les grands-pères et leurs petits-enfants, les amis, les collègues de travail, et puis les incorrigibles pêcheurs du petit matin, sur place depuis l’aube. . C’est une activité on ne peut plus routinière pour eux ! Certains moins frileux se mettent à l’eau et partent en apnée, toujours autour de ce même garde-manger. C’est à croire qu’il est inépuisable ! L’impression que nous avons eu plusieurs fois est que les poissons n’attendent qu’à être pêchés !


Nous avons reçu de la part des habitant de l’île plusieurs jolis cadeaux. L’administration a fait graver pour nous une plaque en verre. L’associations de restaurateurs nous a offert et dédicacé un livre des plantes endémiques réalisé par Phillipe Danton.

Nous sommes mercredi, 5ème jour de mer. La mer est d’un calme pacifique, rien à voir avec la traversée précédente Lima/Valparaiso ! La houle est longue, le vent vient du portant et cela fait deux jours que les panneaux solaires arrières sont relevés et nous servent de voiles. Nous consommons donc un minimum d’énergie (entre 4 et 6 KW) pour une vitesse de croisière de presque 4 nœuds !


Le kite ne volera malheureusement pas dans les jours à suivre, car le pied du mât montre quelques faiblesses. Nous sommes donc en pleines réparations, et comme nous sommes obligés de travailler à l’extérieur, nous avons installé une tente de fortune pour protéger la stratification encore fraîche, d’un éventuel grain !

Le soleil est, depuis deux jours, assez paresseux. La nouvelle lune et son joli croissant n’auront pas suffi à lui faire sortir le museau. Une jolie couverture nuageuse ne vient pas arranger notre charge énergétique, mais nous comptons sur un dégagement sous peu. D’ailleurs, depuis le début d’après-midi, les percées de bleu arrivent tant bien que mal jusqu’à nous et nous voyons des pics de production d’énergie assez fulgurants !

Les couchers et levers de soleil s’alternent à ceux de la lune, pour notre plus grand plaisir!

Nous assistons au ballet incessant des oiseaux de mer, pétrel, albatros, fou de Nazka,  fardele … avec un émerveillement enfantin.

Anne Lechantoux, alias « Toux », a vu hier matin un albatros immense qui est vraiment différent des autres quant à son pelage ; nous l’avons donc baptisé : « l’Albatoux » ! Jevous joins une photo de ce spécimen immense, même Diego en a rarement vu d’aussi grand.

Comparé au pétrel géant, qui est d’une envergure moyenne de 1,5m, on se rend assez bien compte de la taille de la bête !


Les grands oiseaux, observent d’un œil curieux la mise à l’eau et la remontée du filet Manta, c’est à ce moment qu’ils sont le plus près du bateau. Les plus petits passent juste au-dessus de nos têtes avec de plus en plus d’assurance et d’effronterie 🙂

 

Jour après jour, nous gagnons en Ouest et en température, quel bonheur ! Nous franchissons les méridiens sur cet océan d’huile, et laissons tomber petit à petit les pulls et les chaussettes ! Lorsque nous sommes partis de Juan Fernandez, nous avions une moyenne de 12 °C, nous voilà à l’instant où je vous écris avec un joli 22,5°C !!

A bord, nous essayons de ne pas tomber dans la routine, les jours se ressemblant assez vite dans ce genre de traversée. Le visionnage de documentaires sur nos prochaines escales nous fournit des discussions multiples, tout comme la météo ou la technique. Nous essayons de garder un petit lien avec la terre grâce aux diverses nouvelles de nos proches, cela permet de savoir quel jour on est ! Et puis pour marquer les semaines, nous gardons le dimanche de libre, avec nos quarts bien sûr, mais le repas se transforment en brunch et chacun est libre de ses occupations. Le bateau embaume alors l’odeur des pancakes ou des gâteaux, chacun prenant le temps d’apprécier son temps libre.

A bientôt,

Margaux, votre dévouée reporter sans frontière ^^

Crédit photos : Margaux Chalas/R4W

Ile de Robinson Crusoé  : Témoignage post escale

Parti le 31 juillet dernier de Talcahuano, premier port militaire, industriel et de pêche du Chili, après un mois d’escale, Race for Water a entamé sa Trans-Pacifique. Le premier ralliement de cette traversée l’a conduit à s’amarrer sur une île mythique : celle de Robinson Crusoe située à 700 kilomètres des côtes chiliennes dans l’archipel de Juan Fernandez.
Dix jours d’escale ont marqué l’équipage du bateau ambassadeur de la Fondation Race for Water. Bilan.

« Isolée, la petite communauté de 800 habitants vit à flanc de montagne sur une île qu’on imagine très bien comme décor d’un film sur les dinosaures », témoigne Annabelle Boudinot, second capitaine du navire avant de poursuivre : « La nature ici, est belle et unique. Avec des espèces de plantes spécifiques à l’île, grandes et luxuriantes. D’ailleurs le parc national qui englobe la forêt native est reconnu au patrimoine mondial de l’Unesco. Ils ont également développé des aires marines protégés, dont bénéficient les otaries qui ont re-colonisé les plages du sud de l’île. Notamment l’espèce locale : l’otarie à deux fourrures qui est passée de quasi-extinction, 40 spécimens dans les années 60, à plusieurs milliers aujourd’hui. Démontrant aux locaux l’importance et l’efficacité de mesures destinées à la protection de l’environnement.  »

Sur cette 9ème escale de la Race for Water Odyssée, 110 personnes ont été accueillies à bord, dont 72 scolaires sur les 147 que compte le collège insulaire.  Ce groupe d’étudiants est en charge d’apprendre comment préserver les océans et de sensibiliser les autres élèves. Il s’agit du projet sentinelle des Océans. Une vidéo lors de son passage à bord a été réalisée pour pouvoir partager la visite du bateau avec l’ensemble des habitants de l’île.

 

Visite et nettoyage des plages du sud dimanche 5 août

Annabelle : « Accompagnés de Felipe Paredes, correspondant pour National Géographique sur l’île, nous sommes allés visiter les plages du sud de l’île qui sont les plus affectées par les déchets flottants étant donné la configuration des courants marins. Nous avons visité la plage Arenal et la plage de la baie del Padre. Nous y avons ramassé plusieurs kilos de déchets, notamment des restes de filets de pêche.
Nous avons également pu constater que les otaries aiment jouer avec ses déchets qui peuvent malheureusement les blesser. Il arrive que des morceaux de filets se coincent autour de leur cou ; et lorsqu’elles grandissent, ces otaries meurent étranglées.
Nous avons pu secourir l’une d’entre elle, grâce à Felipe qui a réussi à isoler l’otarie, la maintenir et enlever la corde qui l’étranglait. »
 
 

Gestion des déchets :

Le principe sur l’île jusqu’à présent était l’enfouissement des déchets avec tout de même une tentative de tri de l’aluminium, du plastique et du verre. Durant les dernières années, plusieurs initiatives ont été mises en place : distribution de composteurs aux foyers de l’île, installation de « points propres » proposant des poubelles de tri. Malheureusement depuis plusieurs mois, les déchets triés (aluminium, plastique, verre, cartons) ne sont plus ramenés sur le continent. Ils sont accumulés sur l’île en espérant que la situation se débloque. En outre, un travail de sensibilisation reste à faire puisqu’à ce jour, 90% des foyers ne trient pas leurs poubelles.

Annabelle : « Aujourd’hui, la déforestation du terrain dans le but d’enfouir les déchets est trop importante entraînant des glissements de terrain, qui révèle les ordures enfouies. La commune tente de replanter pour fixer à nouveau le terrain, mais cela prend du temps… A la déchetterie nous avons pu constater des déchets qui brûlent continuellement à ciel ouvert. La présence de déchets organiques et recyclables prouvent que le tri et le compost est loin d’être dans les habitudes locales. Et les bacs contenant le verre s’accumulent sans solutions ».

L’île génère 325 tonnes de déchets par an : 20% sont recyclables et 15% sont des plastiques. Lors de la venue de Race for Water, il a été facile de réunir autour de la table les différents acteurs et d’échanger sur des données chiffrées qui ont permis tant à Marco Simeoni, président de la Fondation Race for Water, qu’à Olivier Lepez de la société partenaire ETIA, de réaliser une pré-étude pour voir si l’implantation de la machine de pyrolyse à haute-température conçue pour transformer les déchets plastiques en électricité, serait opportune. Il en ressort que, sur 15 ans, la machine permettrait de maintenir le coût de l’électricité actuel, tout en traitant l’intégralité des déchets plastiques solides de l’île. Le fonctionnement de la machine permettrait de générer 5% des besoins électriques de l’île. A suivre…

Les différentes institutions de l’ile ont également profité de la présence de Race for Water pour échanger et partager leur problématique liée au tourisme. Si actuellement, 1200 touristes profitent de l’île chaque année, les locaux souhaiteraient en augmenter un peu le volume, mais surtout développer un tourisme sélectif et durable. Quelques idées ont été évoquées dans ce sens comme la mise en place d’une taxe déchets permettant de traiter les déchets générés par le tourisme, ou encore d’une consigne sur les emballages recyclables pour qu’ils soient rapportés aux commerçants, et enfin la mise à disposition de fontaine d’eau associée à la vente de gourdes réutilisables.

Force est de constater, à l’heure de quitter cette terre isolée, que la volonté d’évoluer et d’apprendre est omniprésente. Notre visite a apporté beaucoup d’espoirs ; à nous tous de les aider à les concrétiser et à faire bouger les lignes.

 

Crédit photos : Margaux Chalas/R4W

Race for Water a largué les amarres et poursuit sa route sur le Pacifique.

Direction l’île de Pâques pour l’équipage mené par Pascal Morizot et composé également d’Annabelle Boudinot, second Capitaine, Anne Le Chantoux, matelot, Margaux Chalas, en charge de l’intendance et de Martin Gavériaux, l’ingénieur du bord.

Pascal Morizot :  » La route que nous envisageons n’est pas la plus courte (orthodromie), mais une route un peu plus nord pour passer au-dessus des dépressions, et avoir les conditions les plus adaptées pour Race for Water. L’ensoleillement s’améliorera au fil de notre convoyage, mais nous veillerons à la consommation, en essayant d’être les plus efficaces et rapides, pour tenir l’ETA estimée au 31/08 à l’île de Pâques.
Nous devons faire un petit stop sur l’ilot de Salas y Gomes qui se trouve à 200 milles nautiques de l’arrivée, pour Diego Valverde Labarca, le scientifique qui nous accompagne ; il doit y faire un recensement des frégates. »

« Le privilège de voguer à nouveau sur ce bateau solaire »

Raphaël Domjan, écoaventurier suisse, est depuis son enfance passionné d’aventure et d’exploration. Aujourd’hui, Raphaël est un écoaventurier et conférencier qui s’engage, au travers de sa fondation SolarPlanet, pour la protection de notre planète, de notre biodiversité, de notre atmosphère et de notre environnement en Suisse et dans le monde.

En 2004, Raphaël imagine réaliser le premier tour du monde en bateau solaire.  En février 2008, le financement du bateau est assuré, grâce au soutien d’un homme Immo Stroeher, passionné d’énergie solaire. Entre septembre 2010 et mai 2012, PlanetSolar, rebaptisé aujourd’hui Race for Water, et ses 5 membres d’équipage a réalisé le premier tour du monde à l’énergie solaire de l’histoire. Il a parcouru 60’000 km à travers tous les océans et ceci uniquement propulsé grâce à l’énergie de notre étoile, le soleil.

Raphaël Domjan qui était à bord de Race for Water pour le ralliement entre Concepcion et ile de Robinson nous livre ses impressions :

« Cela fait 3 jours désormais que Race for Water est au mouillage dans la baie de l’Ile de Robinson Crusoe, dans l’archipel « Juan Fernandez. Protégés des vents et de la houle du Pacifique sud qui ont tant secoué le bateau solaire durant la traversée depuis Concepción, je découvre cette île qui m’a fait tant rêver. Je n’osais d’ailleurs espérer un jour avoir la chance d’y accoster ! Aborder ainsi cet îlot mythique secrètement perdu en plein océan Pacifique avec le bateau, ex-PlanetSolar, qui m’a permis entre 2010 et 2012 d’accomplir le premier tour du monde à l’énergie solaire est un privilège auquel je n’ose encore croire ! Merci à Marco Simeoni et à l’équipage de Race for Water de me permettre de vivre à leurs côtés ces instants uniques et une part de leur fabuleuse aventure. Leurs valeurs et leurs engagements pour la préservation des océans sont précieux et forcent l’admiration. Savoir que ce bateau que j’affectionne tant sert désormais leur cause me réjouit beaucoup, tant l’engagement que je mène au quotidien pour la promotion des énergies renouvelables est complémentaire à leur lutte contre les déchets plastiques, dans une vision commune de préservation de notre environnement.

Je retrouve à bord l’ambiance que j’ai vécue durant mes 2 ans de tours du monde, ainsi que l’accueil fabuleux des gens lorsque le bateau fait escale. Aux formes étranges, ce bateau solaire a des airs de vaisseau spatial et ne manque pas de susciter l’étonnement partout où il jette l’ancre. Et l’Ile de Robinson est une bien belle planète sur laquelle atterrir !

Cet îlot entouré de falaise réjouit l’amoureux des sommets que je suis. Chacun de ces pics élevés vers le ciel, souvent dissimulés dans les nuages de l’hiver austral, invite à l’ascension. En dessous, une partie de l’île est érodée, à cause des chèvres importées des siècles auparavant et qui décimèrent une partie de la végétation… Mais autour de la baie de San Juan Bautista, seul village de l’île, la végétation est luxuriante. Les espèces endémiques de l’île semblent tout droit nous venir d’une autre ère géologique et des temps ancestraux… Et cela ne m’étonnerait pas vraiment de voir un dinosaure débarquer d’entre les feuilles gigantesques des plantes étonnantes qui peuplent l’île !

L’île est très peu touristique, comme épargnée par la marche du temps. Malheureusement, l’électricité est ici exclusivement produite par une génératrice… Les habitants de l’île sont ainsi entièrement dépendants, pour leur énergie, du fuel qu’ils doivent importer du continent. Le vent et le soleil seraient pourtant une énergie gratuite, disponible en quantité, et permettrait leur autonomie énergétique. Souvent, le problème est d’investir initialement les coûts des installations solaires qui seraient la clef de l’autonomie et de la durabilité énergétique. Je rêve que ce genre d’îles devienne des exemples à petite échelle de ce que nous devrions, à l’échelle de la planète, mettre en place pour atteindre un mode de vie durable…

Dans quelques jours, je quitterai l’Ile de Robinson Crusoe et Race for Water à bord d’un petit avion. Je laisserai ce bateau et son équipage poursuivre leur mission. Mais je garderai toujours en souvenir l’odeur des embruns du Pacifique sud goûté à bord de ce bateau silencieux, porteur d’espoir et de solutions partout où il vogue. »

En direct sur Radio Colibri !

Annabelle Boudinot, second Capitaine, et Marco Simeoni, Président de la Fondation, ont été conviés par les journalistes de la radio locale de l’île de Robinson à témoigner sur l’état des plastiques dans les Océans et à présenter les missions de la Fondation Race for Water. Annabelle partage avec nous ce moment.

Rendez-vous sur la place centrale, un pick-up arrive et nous hèle. Nous attaquons la montée : « Depuis le tsunami les gens vivent sur les hauteurs, seuls les commerces peuvent s’établir en bas » nous explique le chauffeur.

En effet en 2010, une vague dévastatrice de 12 mètres a surpris les habitants pendant leur sommeil… Depuis les autorités ont pris des mesures, et les gens habitent dans les hauteurs ; seuls les commerces demeurent en bas. Une piste rocailleuse-boueuse nous conduit vers la radio, le moteur rugit lors de certains redémarrages en côte. Secoués comme des pruneaux, nous passons rapidement en mode 4×4.

Nous arrivons devant une petite maison surplombée d’une grosse antenne. La vue sur la baie est magnifique, l’océan oscille entre le bleu profond et le bleu vert, la terre tire sur l’ocre que les résineux teintent de vert. Des fleurs rouges-oranges ajoutent quelques touches de couleurs vives. La végétation de l’île me rappelle celle de Madère, vivace et à tendance méditerranéenne.

La maison est habitée uniquement l’été, une cuisine toute simple, un petit salon avec une vue à couper le souffle. Des décorations faites de bulles de verre soufflé. Le journaliste local nous explique : « Elles arrivent sur nos plages mais nous ne savons pas d’où cela vient ! » Il me semble que ce sont des flotteurs de filet de pêche ; qui sait, en remontant le Pacifique nous en découvrirons peut-être la provenance !

Nous entrons dans « le studio » une table, deux chaises, un ordinateur qui diffuse de la musique sur les ondes, et une table de mixage rudimentaire.

« Cette station a été aménagée par un radio amateur de passage sur l’île, il nous a laissé le matériel pour que nous puissions faire cette radio, évidemment la seule de l’île ! Nous diffusons de la musique, le vendredi ; un programme d’une heure dont le thème est libre, en l’occurrence ce sera Race For Water cette semaine. Deux fois par semaine des nouvelles de l’île sont données ! Si des gens ont envies de faire savoir quelque chose, ils sont libres de le faire. »

Nous sommes rejoints par deux femmes, en charge également de l’interview et de l’émission ; tout ce petit monde est amateur bien sûr. L’enthousiasme et le plaisir sont grands ! Une heure d’émission en direct, notre venue est appréciée !

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons sur le site de la déchetterie… Et là, nous entrevoyons une autre réalité… La suite au prochain épisode !