A mi-chemin entre Rapa Nui et Papeete

1150 milles devant les étraves du catamaran à propulsion mixte, Race for Water, avant d’atteindre Papeete. Ce dernier évolue au portant poussé par un vent soutenu de 30 à 40 nœuds. « La mer est courte et croisée » témoigne Annabelle Le Boudinot, second capitaine, « tout cela est le fait d’une dépression plus creuse que prévue qui est située dans notre nord. »

Cette situation est peu confortable pour l’équipage mené par Pascal Morizot mais elle n’entame en rien son moral et son dynamisme !

Annabelle Le Boudinot : « A notre actif ces derniers jours, 4 vols avec le matériel de notre partenaire Skysails et également 2 autres prélèvements dans le cadre de notre mission scientifique « Plastisphère ». Et, O bonne surprise, il y a moins de plastique que lors de nos précédents prélèvements ! Notre environnement fait que Race for Water bouge beaucoup et que le pilote décroche pas mal. C’est assez prenant et fatiguant. Vivement l’arrivée ! »

Race for Water est attendu dans la marine du port de Papeete début octobre, pour une escale d’un mois.

Signées Margaux Chalas, quelques images, en provenance du bord, qui mettent en scène notamment : Pathy et Petero Hucke Atan

« 10 jours de mer… le temps s’étiole, infini comme la mer. »

Parti de l’île de Pâques, il y a presque deux semaines, Race for Water a parcouru un bon tiers de son parcours vers Papeete et la Polynésie française. Pour l’équipage, la routine du bord est en place : réunion le lundi, relâche le dimanche, quart de jour, quart de nuit, bricolage, amélioration du bateau. « Le catamaran aime qu’on prenne soin de lui, nous ne ménageons pas nos efforts ! » témoigne Annabelle, second capitaine.

Annabelle : « Je ne compte pas les jours, sauf au moment des bilans, mais pour moi une fois en mer le temps passé est passé, le temps à venir sera ce qu’il sera.

Nous sommes à la disposition des éléments, ce sont eux qui décident de notre arrivée, nous avons simplement une petite marge de négociation en choisissant de nous positionner un peu plus sud ou un peu plus nord !

Ce qui est sûr, c’est que nous avons parcouru 815 miles et qu’il nous en reste 1500.

Nous avons eu plusieurs occasions de faire du kite, 4 vols au total, sur 3 jours.

Deux vols ont été des vols dédiés à la recherche et au développement pour notre partenaire Skysails. Ces vols sont organisés par Bernd (l’ingénieur Skysails en charge du projet Kite sur Race For Water) et l’équipage lui apporte son aide. Bernd est à bord dans ce but : continuer d’améliorer le système de kite de traction.

Deux vols ont été des vols Race for Water, menés par l’équipage. Ils nous servent à économiser les batteries et avancer plus vite.

Nous avons également continué les prélèvements « Plastisphère ».
Nous avons fait à ce jour 6 prélèvements révélant systématiquement du micro-plastique et toute une faune de plancton.

Pathy et Petero se sont bien accommodés à la vie à bord. Pathy a fait une cure de sommeil, dictée par une vie bien remplie avant le départ, et un léger mal de mer. Mais rien à craindre, comme elle le dit : « Le lit est mon ami ! Dès que je commence à me sentir mal, je me réfugie dedans et je dors un peu ! ». Toutefois nous la voyons de plus en plus ! Elle s’amarine !

Chacun à leur manière, Pathy et Petero racontent notre voyage : Pathy avec ses appareils photos et sa caméra ; Petero avec ses ciseaux à bois, sa vision d’artiste et son âme de conteur.

Petero s’est installé dans l’atelier et sculpte. Il veut tout savoir, il veut écrire nos biographies, comment nous en sommes arrivés là, sur cette aventure. Ce qu’elle représente pour nous. Il a également prévu de sculpter pour chacun un panneau de bois, qui nous représente dans la perspective de l’odyssée. Il a également partagé son savoir de sculpteur avec certains d’entre nous. Une fois à terre, il se fera l’écho de notre odyssée lors de conférences.

Pathy utilise les moyens modernes. Elle compteouvrir une page facebook pour les Rapa Nui for Water et utiliser les réseaux sociaux pour communiquer.

Chacun a sa façon ils veulent partager leur expérience, la transmettre. »

Osmose.

Presque huit jours déjà que Race for Water a repris la mer laissant derrière lui l’île de Pâques et la communauté Rapa Nui. Enfin… « Pas tout à fait ! » précise le Capitaine Pascal Morizot, « Sur ce ralliement qui nous mène vers la Polynésie française, nous avons à nos côtés deux Rapa Nui : Pathy Hucke Hucke et Petero Hucke Atan ».

Samedi 8 septembre dernier a été créé le Comité Rapa Nui for Water. Parmi les membres fondateurs, nous retrouvons notamment Pathy Hucke Hucke, responsable de Rapa Nui Magic Visual une société de production audiovisuel pour la promotion de l’île de Pâques, Jérôme Amigues, un français installé et engagé pour l’île depuis plusieurs années, ou encore Petero Hucke Atan qui a été professeur sur l’île de Pâques, véritable connaisseur de la culture ancestrale de Rapa nui et de la Polynésie.

Ce comité a pour objectif de poursuivre le travail de terrain effectué au cours de cette deuxième escale de la Fondation en Rapa Nui, en vue de l’implémentation de la technologie de valorisation énergétique des déchets ainsi que de technologies durables visant l’autonomie énergétique de l’île.

En attendant, Pathy et Petero vivent grandeur nature l’expérience de la transition énergétique aux côtés de l’équipage Race for Water.

Témoignages :
Petero : « Pour moi, c’est un voyage de réflexion. Je repense à 1940-50. Je pense à mes ancêtres échappés de Rapa Nui pour fuir les mauvais traitements du gouvernement chilien. A l’époque, c’était interdit de quitter l’île. Ils ont fabriqué un tout petit bateau de pêche, le San Pedro, en morceaux de bois assemblés : 1m80 de large et 9m de long, pour aller vers les Tuamotu, où je suis né en 1954. A bord de Race for Water, moi je vis aussi le voyage de mes ancêtres ; je pense à eux et aux mauvaises conditions de leur voyage comparé au mien aujourd’hui. Que ce soit pour l’alimentation ou pour les conditions et le confort, ils n’avaient rien et moi j’ai tout ce qu’il me faut.
Je suis heureux d’être avec l’équipage et je m’adapte à ce bateau contemporain. Vous savez, je n’ai rien appris dans la vie ; je suis un homme des cavernes. Pour moi, ce bateau c’est le soleil, qui représente les panneaux solaires et les accus, l’énergie pour marcher le jour et la nuit. Ensuite, je représente le bateau et la mer avec une baleine, et enfin l’oiseau, c’est le « manu », le kite. Ce bateau, c’est la baleine, avec l’oiseau et le soleil. Amitiés à toute l’équipe terre et merci à Race for Water. C’est une expérience unique, ce bateau apporte un message pour l’univers, j’ai beaucoup de chance ».

Pathy : « Ce voyage c’est la liberté, le sens large de la liberté. Je rêvais de le faire. Mais ça a été une vraie surprise pour moi quand deux jours avant le départ, on m’a annoncé que je partais aussi ! J’étais hyper-contente. Avant l’arrivée du bateau, Mama Piru m’a confié la mission de venir pour raconter, prendre des photos, pour elle. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas d’argent, mais Mama Piru fait tellement de choses pour nous, que j’ai apporté mon matériel et mon amour. Mama Piru est à Santiago, elle est mourante.
A Rapa Nui, quand vous êtes arrivés, j’ai ressenti cette bonne énergie. J’ai juste eu envie d’ouvrir mes bras et de recueillir cette belle énergie. On devient tous des frères et sœurs grâce à cette énergie qui se canalise dont il ressort une belle flamme.
On a toujours senti cette belle énergie, avec Marco et avec l’équipe. Avec pas beaucoup on peut amener beaucoup, à chaque fois.
Je suis ici. Je pense à mes enfants en Europe. J’ai laissé ma famille et mon compagnon sur Rapa. Je n’ai pas demandé si je pouvais y aller, on m’a proposé ce voyage ; alors oui, j’y vais. Je pars et je prends cette occasion qui se présente. Pour moi, pour Piru, et pour le reste du mond. Tout ça c’est grâce à Marco et à Piru. Piru, ça veut dire « l’or ».
Je pense aussi à cet accord qu’on a signé avec Marco. J’espère que quand je reviendrais, on va pouvoir faire bouger les choses. »

 

Début de ralliement vers Papeete!

Après une escale de dix jours parmi les Rapa Nui, Race for Water a levé l’ancre et se dirige désormais vers la Polynésie française qu’il devrait rallier la première semaine d’octobre.

Pascal Morizot, capitaine de Race for Water : « L’équipage accueille pour ce mois de mer deux invités de choix que sont deux des fondateurs du comité « Rapa Nui for Water » dont la naissance a été formalisée samedi dernier avec Marco Simeoni, président de la Fondation.
Pathy Hucke Hucke, franco-Rapa Nui, est responsable de Rapa Nui Magic Visual une société de production audiovisuelle pour la promotion de l’île de Pâques.
Petero Hucke Atan a été professeur sur l’île de Pâques. Véritable connaisseur de la culture ancestrale de Rapa Nui et de la Polynésie, il est aussi artiste, sculpteur, graveur, et a apporté du matériel pour faire quelques créations pendant le voyage. »

L’ensemble des équipes de la Fondation Race for Water remercie profondément la population Rapa Nui pour son accueil. Deux ans de lien et de travail entre les entités ont permis de mettre en place des accords importants au niveau énergétique pour le futur de l’île.

#R4WO #ACT #BeatPlasticPollution

Sortie sous kite !

Si les réunions avec les officiels ne cessent de s’enchainer, à bord de Race for Water, comme sur chaque escale, se sont également succédées de nombreuses classes ;  150 jeunes Rapa Nui ont ainsi pu visiter le navire ambassadeur de la transition énergétique : « Une expérience inoubliable ! » témoignait un jeune homme à sa descente.

Profitant d’une opportunité météo avec des vents portants, l’équipage a fait naviguer le catamaran tracté par un nouveau kite aux couleurs de notre partenaire titre de l’odyssée 20172021, la maison BREGUET.

Franck David, directeur de l’odyssée : « Nous avons navigué entre Anakena sur la côte nord, et Hanga Roa en passant par le site mythique de Tongariki où sont exposés quinze Moaï uniques… Magnifique moment pour nous mais aussi pour celles et ceux qui nous accompagnaient. C’est important de pouvoir montrer in situ le fonctionnement de notre navire. Il est essentiel de démontrer qu’une navigation aux énergies propres est possible et que la transition énergétique est une réalité. »

Encore quelques réunions au programme, avant le départ qui se profile lundi prochain vers la Polynésie française. Et également une rencontre artistique entre Marc Aymon, chanteur suisse et ambassadeur de la Fondation présent sur cette escale et un groupe local. Depuis quelques jours, ils enchainent les répétitions. Promesse d’un grand moment d’émotions et de partage… A suivre !

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La municipalité de Rapa Nui et la Fondation Race for Water ont signé un protocole d’accord  sur un processus d’implémentation de la solution Biogreen   «Transformation des déchets plastiques en énergie » sur l’Ile de Pâques.

L’histoire entre Rapa Nui et la Fondation Race for Water remonte à mai 2015, lors du passage de la première odyssée sur l’île de Pâques avec comme objectif, à l’époque, de dresser un bilan précis de la pollution de nos océans par le plastique selon un protocole NOAA qui avait pu être appliqué sur chacune des plages des îles visitées.

En 2015, Rapa Nui avait déjà marqué les esprits des équipes de Race For Water avec un constat terrifiant, tant cette île la plus éloignée du monde, est impactée par une pollution quotidienne de micro-plastiques venant des océans.

Depuis ce passage, les équipes de la Fondation ont toujours gardé un contact régulier avec les autorités et responsables locaux afin de poursuivre la réflexion sur les solutions les plus adaptées aux problèmes et aux contraintes de l’île.

L’île de Pâques qui accueille le navire et les équipes de Race for Water depuis vendredi 31 août dernier, pour dix jours,  figure parmi les sites prioritaires de la Fondation, en matière d’implémentation de la solution Biogreen, qui permet une transformation optimale de tous types de déchets plastiques en énergie électrique.

 

Aujourd’hui, la signature d’un protocole d’accord entre Monsieur Petero Edmunds, Maire de Rapa Nui et Marco Simeoni, Président de la Fondation Race for Water est, par conséquent, une étape importante vers l’objectif ultime d’apporter une solution durable et efficace pour l’île de Pâques.

Lors de cette signature officielle, Monsieur Petero Edmunds a témoigné sur la nécessité pour son île de poursuivre vers des solutions environnementales durables : « Nous devons largement évoluer en matière de traitement des déchets et d’énergies renouvelables. Race for Water nous démontre que des solutions efficientes et adaptées existent qui, plus est, totalement en ligne avec notre vision sur le développement de Rapa Nui ».

Marco Simeoni a également précisé : « La solution Biogreen, développée par l’industriel franco-suisse ETIA et la Fondation Race for Water pourrait permettre à terme de générer près de 16 à 20% des besoins électriques de l’île de Pâques en traitant tous les déchets ménagers (hors compost) ainsi que les plastiques sauvages qui se déversent chaque jour sur les côtes. Cette solution Biogreen pourrait également s’intégrer à terme dans une solution plus globale en matière d’autonomie énergétique pour Rapa Nui, au travers d’un projet ambitieux entièrement basé sur les énergies renouvelables et l’économie circulaire ».

La Fondation Race for Water va ainsi poursuivre activement cette collaboration avec ses partenaires avec un objectif daté : 2020, pour l’implémentation de la solution Biogreen sur l’île de Rapa Nui.

Un nouvel ambassadeur de la Fondation très engagé : le chanteur suisse Marc Aymon

Chanteur suisse originaire du canton du Valais, Marc Aymon n’aime rien moins que les défis, les confrontations, la mise en danger et les rencontres. Après avoir enregistré à Nasvhille (USA) ou collaboré avec le parolier breton Alexandre Varlet, Marc s’attaque à des chansons patrimoniales, éternelles avec des textes écrits entre la fin du XIXe siècle et les années 1920, dans son dernier opus : « ô Bel été »

L’homme, féru de découvertes, est également engagé. Suite à une rencontre avec Marco Simeoni qui l’inspire, Marc Aymon a rejoint la grande famille Race for Water afin de porter le message de la Fondation. Il était présent à nos côtés, le temps de l’escale sur l’île de Pâques.

Marc Aymon : « Ma première rencontre avec la Fondation Race for Water s’est faite à travers Marco qui m’a parlé du bateau que j’ai vu en photo. Mais, comme j’ai un petit côté Rapa Nui, il faut que je touche pour voir ! C’est pourquoi j’ai accepté cette invitation de partager l’escale à l’île de Pâques à vos côtés. Quand j’ai vu le catamaran arrivé, ce fut incroyable : face à moi, un bateau, un défi technologique : réaliser le tour du monde sur cinq ans grâce au vent, au soleil et à l’eau ! Encore aujourd’hui, je suis surpris dès que je monte à bord.
Ce que j’aime chez Race for Water, c’est cette notion de défi et d’accomplissement. Quand je me lance dans un projet artistique, je ne suis pas certain de le réaliser. Je pense que Marco, lui, a cette fibre : il y va, entreprend et les choses se réalisent !

Quand j’ai rencontré Marco, il m’a tout de suite invité à rencontrer les Rapa Nui, voir sur le terrain concrètement le travail de la Fondation par rapport au plastique et à la machine qui va le transformer en énergie. Il m’a également proposé de rencontrer les musiciens.

J’ai pris contact notamment à une pianiste internationalement reconnue, Mahani Teave. Puis, avec son époux Enricé Iqua, son mari, un musicien incroyable également. Nous nous sommes vus et nous répétons en perspective d’une soirée musicale avant le départ du bateau. J’ai rencontré des percussionnistes, des Rapa Nui qui jouent avec des mâchoires de chevaux ! Je me sens dans une mission culturelle où les genres se mélangent.

Quand je chante avec un musicien local, c’est une sorte de signature, d’échange, de poignée de mains. On fait l’un et l’autre un pas vers l’autre. Il se passe quelque chose qui est un très bon point de départ pour le début d’une aventure.
C’est exactement ce que vous faites, Race for Water, à chaque escale. Vous venez pour apporter une solution au problème des déchets plastiques, vous avez besoin de la confiance des personnes rencontrées : il faut créer des liens avant de pouvoir apporter une solution concrète. Ca peut prendre du temps mais au final, ça fonctionne. Ce qui se passe ici à l’île de Pâques en est le meilleur exemple. »

Race for Water à bon port.

Le catamaran Race for Water est bien arrivé à l’île de Pâques après avoir parcouru déjà  un tiers de son parcours dans l’Océan Pacifique.
Après avoir été escorté par des pirogues jusqu’à son point d’amarrage, l’ équipage a été accueilli, comme le veut la coutume locale Rapa Nui, avec un Umu Haut –  c’est-à-dire un poulet cuit dans la terre, symbole de la virginité des esprits. Il a été ensuite pourvu de colliers de fleurs.

Franck David, directeur de la Race for Water Odyssée : « C’est toujours des moments très forts en émotion. Nous sommes heureux de retrouver les Rapa Nui et leur enthousiasme, trois ans après notre première escale.  »

Dix jours denses à venir avec au programme : un workshop, des rencontres multiples avec les autorités et les scolaires.

         

Clap de fin sur les missions scientifiques de Diego Alonso Valverde Labarca.

Alors que notre équipage s’apprête à mettre pied à terre à l’île de Pâques, l’expédition menée par Diego, notre scientifique chilien, qui est à bord de Race for Water depuis Concepción se clôture.

Témoignage sur ses missions à bord :

Diego : « En plus d’estimer l’abondance et la distribution des déchets flottants en surface de l’eau depuis le pont de Race for Water, j’ai dénombré les oiseaux aux jumelles. Les oiseaux ont deux aires de répartition, celle de nidification et celle de dispersion. Actuellement, nous avons d’excellentes informations sur la nidification, mais très peu sur la dispersion. Nous avons donc mis en place un protocole de comptage spécial que j’applique. J’observe 8 heures par jour sur environ 300 mètres de chaque côté du bateau et vers l’avant. Ainsi, je compte tous les oiseaux présents dans cet arc de cercle. Je compte les oiseaux par groupe ; si j’en vois un seul une première fois, il faut que j’attende d’en voir deux ensemble la fois suivante pour comptabiliser ! Sinon je compterais probablement le même plusieurs fois.

J’ai observé 4 types d’oiseaux chaque jour :
l’albatros hurleur (Diomedea exulans), l’albatros à sourcils noirs (Thalassarche melanophris), le pétrel géant (Macronectes giganteus) et le pétrel de De Filippi, espèce spécifique de Juan Fernandez (Pterodroma defilippiana).

Ces oiseaux sont des pélagiques, ils ne rentrent à terre que pour nidifier 1 à 2 fois par an. Leur pic de nidification a lieu de novembre à décembre et dure environ 2 mois. Toutes ces informations récoltées sont mises en perspectives avec d’autres données comme par exemple les courants marins, la concentration en phytoplancton, algue et zoo plancton mais aussi la température de l’eau et pleins d’autres variables. Le but étant de comprendre la manière dont ces oiseaux marins se répartissent. »

Le scientifique poursuit en nous apportant également plus de précision sur son opération avec le filet spécial « AVANI » qui lui sert à récupérer les microplastiques en eau de surface.

Diego : « A la fin de chaque trait de filet AVANI, on rince l’intégralité du filet à l’eau de mer. Au bout de ce filet se situe un collecteur et ainsi, en rinçant, toutes les particules tombent dans le collecteur. Le collecteur est ensuite séparé du filet et son contenu est transvasé dans un bocal en plastique. Le bocal n’est rempli qu’à moitié et l’autre moitié est complétée avec de l’éthanol à 95%. L’éthanol permet de préserver le plastique mais aussi tous les organismes présents dans le trait (plancton, alevin, œufs, algues…) En outre, cela permet de préserver les organismes qui ont colonisé les particules de plastique (œufs d’insectes ou de poissons, bactéries, algues, et des petits invertébrés) ce qui nous intéressent tout particulièrement. Ces prélèvements partiront avec moi de l’île de Pâques pour l’Université Catholique du Nord à Coquimbo où ils seront analysés en utilisant une loupe grossissante.

L’objectif étant de séparer les morceaux de plastiques du reste et de les classer par couleur et taille. Nous allons ainsi compter la quantité de particules obtenues pour chaque trait, puis, nous allons extrapoler la densité de ces micro-particules pour une zone donnée, grâce aux relevés des positions réalisées pour chaque trait, ainsi qu’à l’évaluation de la surface d’eau filtrée. Il est également possible que nous analysions les organismes présents sur le plastique. »

Dernière mission sur l’île de Sala Y Gomez pour clôturer cette expédition scientifique :

« Nous avons récolté des nids de frégates mais uniquement des vieux nids puisque nous sommes en plein dans la période de nidification. Le nid est photographié, sa position GPS est notée. Je le ramasse le plus intégralement possible, et le conserve seul. Nous avons collecté environ 30 nids de frégates. Ensuite, j’ai cherché les nids d’autres espèces et je les ai photographiés, puis j’ai noté leur position GPS. S’il y avait du plastique qui constituait ces nids, je l’ai prélevé (mais uniquement le plastique).

Avec Anne et Margaux, nous avons aussi collecté environ 10 oiseaux morts pour examiner leur contenu stomacal et observer ou non la présence de plastique.

En ce qui concerne les espèces qui se nourrissent de poissons (Frégates, Pailles-en-queue et Sternes) je n’ai pas trouvé de plastiques dans leurs estomacs, sauf chez une frégate qui présentait un petit morceau de fil de pêche d’un centimètre environ.

En revanche, sur les 3 Océanites à gorge blanche (Nesofregetta fuliginosa) ramassées, 4 avaient du plastique dans l’estomac ! Ces 3 oiseaux marins avaient d’ailleurs l’estomac entièrement rempli de particules. Par rapport à la taille de ce dernier, cette quantité de plastique est impressionnante et en proportion bien supérieure à ce qu’on peut trouver dans des oiseaux de plus grande taille. Il est probable que ce soit la cause de leur mort.

Un Puffin fuligineux (Puffinus griseus) avait aussi l’estomac rempli de plastique et il est possible que ce soit la cause de sa mort car il présentait une obstruction du système digestif.

Les Puffins et les Océanites à gorge blanche eux se nourrissent de petits organismes qui flottent en surface (planctons, insectes, alevins, œufs) et comme il y a également des micro particules de plastiques qui flottent en surface, il n’est pas étonnant d’en retrouver dans leurs estomacs.

Nous avons malheureusement trouvé bien plus de microparticules de plastique dans l’estomac de ces oiseaux morts collectés que ce que nous ramassons dans notre trait de filet de 40 min tous les jours…

Anne et Margaux m’ont également aidé à collecter des plastiques sur les plages et autour des colonies d’oiseaux.

Nous avons sélectionné les plastiques suivants :

  • Ceux qui présentaient des traces d’organismes les ayant colonisés.
  • Ceux qui présentaient une écriture, une étiquette ou tout autre indice permettant d’identifier leur origine.
  • Et enfin, nous avons également collecté ceux qui présentaient des traces de morsures.

Le plus intéressant furent deux bouteilles plastiques avec des écritures d’origine chinoise. Il y a peu de chance que ces bouteilles viennent de Chine par la mer, étant donné d’une part que les courants ne portent pas vraiment par ici, et d’autre part que les bouteilles étaient en relativement bon état, elles n’ont donc pas eu un séjour prolongé dans l’eau. Je crois plutôt qu’il s’agit de pêche illégale dans la région. »