Race for Water quitte la Guadeloupe,  cap sur Panama City !

Ce dimanche 28 janvier clôture quatre mois d’escale guadeloupéenne rythmée de nombreux moments d’échanges et de travaux. Prochaine destination, Panama City ! Une première navigation permettant de tester les nouveautés du bord avant de rejoindre l’océan Pacifique.

Parti en avril 2017 de Lorient en France, le navire Race for Water est uniquement propulsé par un mix d’énergies renouvelables. Sa mission ? Sillonner les mers du globe afin de sensibiliser les populations locales à la pollution plastique, mener des campagnes scientifiques mais surtout proposer des solutions technologiques durables afin que les déchets plastiques n’atteignent plus les océans.

Au programme de 2018, l’océan Pacifique ! Lima, Valparaiso et l’île de Pâques, la Polynésie et les Fidji seront les escales phares de cette année. Au cœur de ce choix, la conscience des équipes de l’Odyssée Race For Water quant à l’immense problématique de la pollution plastique dans ces villes côtières et îles isolées. « A chaque escale, nous recevons à bord du navire nombres d’acteurs locaux comme des décideurs politiques, des industriels et des membres d’ONG afin d’ouvrir la discussion autour de cette terrible problématique. Ensemble nous réfléchissons à des solutions technologiques innovantes ayant des bénéfices environnementaux, sociaux et économiques durables », explique Marco Simeoni, Président de la Fondation Race for Water.
Quant à la navigation, tout est pensé en termes d’augmentation de l’autonomie énergétique. « Pour naviguer sur l’océan Pacifique et le traverser, toutes les ressources énergétiques dont nous disposons comme le soleil, le vent et l’eau doivent être utilisées de la manière la plus efficiente possible », dit Marco Simeoni.

Mémo des escales à venir 

  • Panama : du 19 au 27 février le navire stationnera à Panama City où différents événements seront organisés entre autres avec Suez Environnement
  • Lima (Pérou) : du 15 mars au 14 mai
  • Valparaiso (Chili) : du 31 mai au 29 juillet

Zoom sur une énergie renouvelable, le kite
Sous kite au large de la Guadeloupe

Une navigation entre la Guadeloupe et Panama se fera avec des conditions de vent s’annonçant favorables à l’utilisation de l’aile de kite et sollicitant peu la propulsion électrique. Mais en fait, comment ça marche ? D’une taille de 40m2, cette voile est capable de totalement tracter le navire de 100 tonnes, lui permettant alors d’utiliser l’énergie solaire afin de recharger les batteries. Reliée au Race for Water par un câble, l’aile est envoyée à plus de 100 mètres d’altitude où elle sillonne le ciel en faisant des formes de huit afin d’augmenter sa prise au vent. Un mouvement clé dans sa capacité à propulser de grands navires et géré de manière automatisée. Une fois le kite dans les airs, il s’ajuste aux changements de vent grâce à un système de pilotage automatique développé par l’entreprise Skysails Yacht. « Durant la première année de navigation du Race For Water, nous avons récupéré énormément de données de fonctionnement du kite. Ces dernières nous ont ensuite permis d’affiner le système de pilotage automatique et d’ainsi augmenter les performances du kite. », dit Sven Kilingenberg, co-fondateur de Skysails Yacht. Cette première navigation de l’année permettra aux équipes de Skysails Yacht de tester ce nouveau logiciel ainsi que de naviguer sous kite pour la première fois de nuit.

L’Atlantique en chiffres

Visite d’une classe à bord

1400 enfants à bord du navire, sensibilisés à la pollution plastique des océans

Plus de 100 acteurs locaux (gouvernement, industriels et ONG) invités à bord

1000 personnes invitées à des conférences grand public organisées entre autres dans des universités

15 chercheurs de 6 nationalités différentes pour 3 projets internationaux

443 millions d’individus potentiellement impactés par la couverture médiatique

A la rencontre d’enfants éco-citoyens

 

Tandis que le soleil se lève à peine sur la Guadeloupe, Peter embarque caméra, trépied et appareil photo dans le coffre de la voiture. Une heure plus tard nous arrivons à St-François, sur la partie appelée Grande-Terre de l’île, afin de retrouver une classe tout à fait spéciale participant au programme Aire Marine Protégée.

Ces élèves, rencontrés sur le navire Race For Water en septembre dernier, sont en charge de la préservation d’une plage. Il y a quelques mois, alors que l’année scolaire débutait à peine, ils prenaient conscience de la mission qui leur était confiée : campagnes de sensibilisation des habitants à la pollution, ramassages réguliers des déchets et contacts avec les mairies allaient faire partie de leur quotidien d’enfants engagés. Après quatre mois d’école, qu’ont-t-ils réalisé ?

Alors que nous entrons à pas feutrés dans cette petite école entourée de verdure, une personne nous indique l’emplacement de la classe. A peine arrivé, Peter déballe son matériel, place sa caméra et filme les enfants. Plus un bruit, les enfants nous regardent d’un air stupéfait, certainement gênés de cette intrusion matinale. En plein « conseil de la mer », la maitresse sourit puis nous explique le déroulé du cours : « Deux fois par semaine, nous discutons des actions que nous souhaitons engager sur notre plage, afin de préserver cet écosystème fragile », explique Yanni Bardail, directrice de l’école et responsable de la classe.

En plein ‘conseil de la mer’ les élèves d’une classe AME, responsable d’une plage sur le littoral Guadeloupéen

 

Au cœur des prochaines actions de la classe, l’inauguration de leurs panneaux de sensibilisation à la préservation de l’environnement, qui seront placés le long de la plage. « Nous allons aussi sur notre plage afin de discuter avec les personnes qui s’y baladent. Et parfois, lorsque nous donnons un conseil à une personne, elle nous reçoit mal et n’a pas envie de nous écouter ! Heureusement, c’est pas souvent le cas », explique Basile, 10 ans. « Et puis, on a écrit à Monsieur le Président Emmanuel Macron ! », ajoute Océane, 9 ans. Amusée, la directrice nous explique que toute décision est ici démocratique et que la majorité des élèves ont souhaité inviter ce dernier à l’inauguration officielle de leurs panneaux. Outre ces actions, les enfants ont ramassé les déchets, les ont triés, comptés avant d’en faire des graphiques et de les utiliser comme supports à un cours de mathématiques. « Ce que nous faisons sur le terrain est utile à leur apprentissage en classe et les motive », dit Yanni Bardail. Et d’ajouter : « La visite sur le navire Race for Water a été une révélation pour ces enfants ». Touchés de constater que leur mission contre la pollution plastique était défendue et engagée par d’autres, ils ont aussi questionné les thématiques énergétiques souhaitant comprendre ce qu’était l’hydrogène. « Au vu de leurs questionnements, j’ai demandé à un maitre de chimie de venir en classe et nous avons fabriqué notre propre hydrogène », dit la directrice.

Du terrain pour aider l’apprentissage scolaire

 

A ce jour, 8 classes de ce type existent en Guadeloupe et d’autres demandes surviennent maintenant de toute part de l’île. « Si je devais m’adresser aux équipes de Race For Water, je souhaiterais leur dire merci. Pour l’espoir qu’il nous offre, pour leur motivation et pour leurs actions », conclut la directrice. Et les élèves d’ajouter avec un sérieux sans faille : « Cette planète est la nôtre et si nous ne faisons rien, nous ne pourrons plus y vivre correctement quand nous serons grands, c’est très important ».

En interview avec Peter, les élèves expriment leurs convictions

 

Après les grands travaux, détails des nouveautés !

 

Et c’est reparti ! Après plus de trois mois de travaux, révisions multiples et autres améliorations, le navire Race for Water est prêt au départ direction l’océan Pacifique ! Mais en fait, qu’est ce qui a changé à bord ?

« Le 10 décembre dernier, le navire a quitté le port pour se rendre au chantier naval IMM, où il a été sorti de l’eau grâce à une immense barge », explique Jean-Marc Normant, directeur technique et capitaine du navire. Rares sont les chantiers navals possédant de telles infrastructures et c’est bien pour cela que la Fondation a choisi Pointe-à-Pitre en guise d’escale technique. La barge, sorte de socle immergé sur lequel le navire vient se positionner, s’élève et permet ensuite de le sortir intégralement de l’eau. Une « mise à sec » en langage technique qui a permis aux équipes de vérifier les parties immergées des coques du navire, de les poncer puis de les repeindre. « Tout d’abord il faut rincer les coques avec de l’eau sous haute pression. Ensuite les poncer intégralement avant de les repeindre à l’antifouling, une peinture qui freine l’arrivée inéluctable d’algues », explique Jean-Marc. Avec une nouvelle peinture, la capacité de glisse des coques dans l’eau augmente. Un navire comme le Race for Water gagne jusqu’à 15% de vitesse avec des flotteurs propres et son autonomie se voit augmentée.


 Le navire Race for Water en câle sèche et les travaux sur les parties immergées des coques

« Pour la préparation à la peinture c’est Annelore, second capitaine, qui a majoritairement travaillé avec les équipes du chantier IMM », dit le directeur technique. Et d’ajouter : « Nous étions constamment trois membres de Race for Water sur place et avons bénéficié de l’aide précieuse de travailleurs du chantier ». En plus des travaux de peinture, les équipes ont démonté les hélices, vérifié les arbres d’hélice, autrement dit les tiges reliant les hélices aux moteurs électriques, en plus de réviser ces deux derniers.

Des moteurs aux hélices, tout a été révisé !

 

Basile Prime, l’ingénieur du bord, a quant à lui passé plusieurs semaines à configurer de nouveaux systèmes électroniques à bord. Résultat ? Un nouvel écran tactile de bord uniquement dédié à la gestion énergétique de l’hydrogène et couplé au tableau existant. Pour la sécurité des scientifiques et des plongeurs, une nouvelle échelle a été installée à l’arrière. Selon Jean-Marc il n’y a pas de doute, le navire est « Rutilant, prêt à partir en toute sécurité ! »

Concernant la technologie du kite, les équipes de Skysails embarquent à bord d’ici fin janvier, afin d’y apporter le modèle dernier cris du système de pilotage automatique du kite. Une nouvelle version élaborée à partir des données obtenues en mer lors de la traversée de l’Atlantique.

Une longue escale aura permis aux équipes de faire une révision complète du navire afin d’augmenter encore et toujours l’autonomie énergétique du navire.

Une remise à l’eau ensoleillée !