Quand le nom de la Fondation Race for Water prend tout son sens !

Race for Water, le nom de la fondation et notre leitmotiv, n’a jamais aussi bien sonné qu’à Cuba. La course pour l’eau ; l’équipage l’a faite, au quotidien, comme deux millions de havanais. Il a vécu de près la difficulté d’approvisionnement et la pollution de ce bien précieux et vital.

Depuis le début de l’Odyssée, l’équipage n’avait pas rencontré de problème pour obtenir de l’eau douce et potable, tant en mer qu’à terre. A Madère, le tank a été rempli d’eau potable avant le départ pour la transatlantique, et le dessalinisateur a fait le complément en navigation. Aux Bermudes, nous n’avions qu’à dérouler le tuyau entre le quai et le bateau pour voir couler le précieux liquide à tous les robinets du bord.
Mais à La Havane, le bateau et son équipage ont vécu tout autre chose…

Pour rallier Cuba il nous aura fallu 13 jours de mer, au cours desquels nous avons croisé peu de déchets plastiques. Un assemblage de bouteilles d’eau a tout de même été récupéré dans le Triangle des Bermudes, et puis plus rien ! Mais dès lors que nous nous approchions de Cuba et de ses côtes, la donne a changé du tout au tout. Des bouteilles, des flacons de liquide vaisselle, des sandales, des bidons, des sacs en plastique, des débris non identifiables sont apparus, une escorte à la hauteur de notre but : la préservation des océans.

L’arrivée face à la citadelle, l’entrée dans le goulet de La Havane, l’amarrage au port de commerce. L’équipage est heureux de toucher terre, l’heure est aux retrouvailles avec le reste de l’équipe. Mais dès le lendemain, le constat est sans appel. L’eau claire de la Mer des Bahamas est un lointain souvenir. Les flotteurs baignent dans une eau épaisse, chargée d’hydrocarbures, d’huiles et de déchets plastiques en tout genre et en grand nombre. L’odeur est nauséabonde et le bleu a laissé la place à une palette de couleurs allant du verdâtre au marron foncé. Nous constatons, avec stupeur, qu’il aura suffi de moins de 24h pour que la ligne de flottaison et les défenses soient « tatouées » d’un liseré marron.

Dans le même temps, la course pour l’eau avait déjà commencé. Le port ne possédant aucune infrastructure pour l’approvisionnement, il faut réserver une barge. Premier point épineux : l’eau fournie n’est pas potable. Nous pouvons tout de même remplir le tank de 500L pour les sanitaires et les machines. Deuxième point très épineux : nous allons devoir acheter des bouteilles en plastique pour la consommation du bord et des invités… L’équipe est consternée, nous qui luttons contre cette pollution nous voilà en train de charger, à contrecœur, des bidons et des packs d’eau… (La bière et le rhum sont des options mais non viables à moyen terme!)

Au cours des trois semaines d’escale, le bateau est amené à bouger régulièrement entre le port et un mouillage dans la baie. Information importante : le dessalinisateur est inutilisable (l’eau est trop sale) et le ravitaillement par la barge ne peut se faire qu’à quai. Le tank de 500L ne pouvant suffire à alimenter sur plusieurs jours les besoins du bord, nous devons remplir tous les seaux et bassines disponibles lors de chaque passage de la barge. La consommation est limitée au strict minimum. Les douches se font « à l’indienne », c’est à dire à l’aide d’une écope et d’un seau. Le lave-linge ne marchera qu’au moment du ravitaillement par la barge et l’utilisation du lave-vaisselle sera optimisée au maximum. Toutes les personnes vivant à bord sont concernées, aucune exception n’est faite et tout le monde joue le jeu. Nous profitons même d’un orage pour laver « à grandes eaux » les panneaux solaires et les flotteurs.

Mais qui dit orage tropical, dit torrents dans les rues de La Havane, emportant avec eux les reliefs de la surconsommation touristique et locale directement dans la baie. Il n’aura pas fallu attendre plus d’une demi-heure pour voir un cortège de bouteilles en plastiques, sandales et autres venir entourer notre bateau alors au mouillage. La preuve par A plus B que les usines de recyclage ne sont pas assez nombreuses.

Le lendemain de notre arrivée, une conférence est organisée à bord du bateau. Les officiels cubains, les ambassadeurs suisse, français, allemand, panaméen, et argentin, ainsi que la presse locale et internationale sont conviés. L’équipe présente la fondation, les énergies renouvelables embarquées ainsi que la machine Etia (recyclage des déchets plastiques en SynGaz). Au cours de cette soirée, nous prenons conscience de l’ampleur du travail à effectuer pour l’amélioration des conditions de vie et environnementales de l’île, mais aussi de l’énergie et de la volonté de la population pour y parvenir. Les cubains ont parfaitement conscience de la pollution, ainsi que des enjeux environnementaux et sanitaires qui en découlent.

Dès 1980, des études ont été menées pour l’installation d’usines de traitement des eaux usées en amont de la baie de La Havane. Hélas, le manque de financement a eu raison de ces projets. L’état n’a pas les fonds nécessaires pour les mener à bien, la plupart sont donc abandonnés. Un des plus importants et emblématiques projets : le déplacement de la raffinerie de pétrole hors de la baie (coût 1,5 milliard). Malheureusement rendre cet espace vivable, avec des plages, des zones de baignades et des écoles de voile, est une ambition dont ils n’ont pas encore les moyens. Néanmoins une poignée de projets voient le jour grâce aux dons d’organismes espagnols. « C’est le problème des pays en voie de développement, nous avons besoin de moderniser nos infrastructures mais il manque le financement » nous lance un de nos invités. Dans la rue, la réalité est frappante. Les coupures d’eau sont quasi quotidiennes. Certains quartiers sont sans eau courante depuis plus de deux mois. L’eau est acheminée par des camions citernes livrant immeubles, hôtels, restaurants et privilégiant la vieille ville de La Havane, très touristique, au détriment des quartiers populaires. A l’orée de la vieille Havane, dans une petite rue au revêtement défoncé, 7 tuyaux sortent de terre. Notre guide, Michel, précise : « C’est ici que les camions citernes remplissent leurs cuves. » Cela paraît dérisoire…

Mais il en faut plus pour décourager ce peuple courageux et naturellement optimiste. Les idées et les actions ne manquent pas. Pour preuve l’Association très active Acualina et sa présidente Angela Corvea Martinez. Elle œuvre pour la sensibilisation de la population, et plus particulièrement celle des enfants, sur les sujets tels que la biodiversité, le changement climatique, les ressources naturelles et la contamination de l’eau. Avec l’aide de ses bénévoles, elle parcourt l’île, multiplie les actions : ramassage de plage, valorisation des déchets, plantation d’arbres. Elle interpelle également sur l’action individuelle, sur la coopération et sur un mode de consommation raisonnée. Nous avons eu le plaisir de les recevoir à bord. Cette visite restera dans les annales de l’Odyssée tant elle nous a ému et qu’elle a été source d’espoir.

Car de l’espoir il en faut. Le tourisme de masse arrive et avec lui une armée de pollutions diverses et variées venant aggraver une situation déjà critique en raison d’un manque cruel d’éducation. Certaines plages portent déjà les stigmates : des paysages paradisiaques en plan large, des bouteilles, des sacs en plastiques flottant entre deux eaux en plan serré. Est-ce le prix de l’ouverture ? J’ose espérer que non, les cubains en ont conscience mais ils ont d’autres urgences, vivre décemment pour commencer. Une sorte de grand écart entre le désir de vivre dans l’air du temps et une réalité, la leur, qui est loin d’être simple.

Mais les cubains sont combatifs, ils aiment leur île, leur culture hétéroclite. Ils doivent inverser la tendance, trouver le chemin du tourisme responsable et d’une économie équilibrée.

A l’heure où je vous parle, un à deux paquebots de croisière accostent tous les jours au port de La Havane déversant des milliers de touristes. La question est la suivante : La pollution est un problème mondial, ne devrions-nous pas endosser notre responsabilité de citoyen du monde et changer, entre autres, notre façon de voyager ? L’anticipation, maître mot en mer, est de mettre tous les moyens possibles pour limiter l’impact de nos sociétés sur-consommatrices et d’œuvrer pour la préservation de notre Planeta Azul et de ses Habitants.

Annelore (second capitaine)

Journal du Dimanche #1: A la poursuite des animuscules

Environnement : Suite de l’aventure scientifique, à bord du « Race for Water », que le navigateur et alpiniste Eric Loizeau partage avec le JDD

Caraïbes : A cuba, l’équipe de chercheurs se livre à une journée de prélèvements en mer

Dans le silence feutré de ses moteurs électriques, le catamaran Race for Water pénètre dans le chenal du port de La Havane. Nous longeons l’esplanade de bord de mer bordée d’immeubles pastel, d’églises hispaniques, de palais rococo, et empruntée par ces fameuses américaines décapotables de toutes les couleurs qui datent des années trente 1930. Une dizaine de scientifiques cubains et norvégiens discutent sur le pont supérieur et commentent un verre à la main leur journée de travail pendant que l’équipage s’affaire à préparer l’accostage sous l’œil de Pascal Morizot, le capitaine.

Carlos Manuel Alonso
Hans Peter Arp

Contribuer à la recherche scientifique en accueillant à bord des équipes internationales de chercheurs est un des objectifs prioritaires de Race for Water. Dès 2017, la fondation a passé des accords de partenariat avec les organismes environnementaux JPI Oceans et Plankton Planet. Amorcé en 2011, JPI Oceans est un programme stratégique de coordination sur la recherche marine ouvert aux états membres européens et aux pays associés. Parmi les initiatives conjointes lancées par JPI Oceans, le programme « Ecological Aspects of Microplastics » regroupe quatre projets autour des microplastiques, dont Ephemare et Weather-Mic, auquel appartiennent les trois Norvégiens embarqués avec nous à Cuba. Quant au projet Plankton Planet, dont je suis ambassadeur, il a pour objectif d’étudier la biodiversité planctonique et sa santé dans tous les océans de notre planète. Il est porté par des chercheurs du CNRS et de nombreux navigateurs citoyens qui, comme ceux de Race for Water, récoltent du plancton marin au cours de leur navigation. Echantillons analysés ensuite par des experts internationaux en océanographie. Les données produites fourniront une information primordiale pour mesurer la biodiversité planctonique dans les mers où peu d’observations sont possibles. Cette étude peut aider à anticiper la menace qui pèse sur le cycle de la vie et donc sur l’homme.

60% de notre système est produit par le plancton

Voici quelques éclaircissements concernant ces indispensables animuscules que m’a donnés la chercheuse cubaine Rosely Peraza Escarrá, qui est une spécialiste. Le plancton, qui regroupe tous les organismes dérivant au gré des courants (phytoplancton et zooplancton), est à la base de la chaîne alimentaire et produit par photosynthèse environ 60% de l’oxygène que nous respirons, presque plus que nos forêts. Il est aux avant-postes des changements environnementaux et réagit rapidement aux diverses variations du milieu, qu’elles soient liées aux pollutions ou aux évolutions climatiques. Aujourd’hui, la méconnaissance de la biodiversité et de l’évolution du plancton est un des plus grands freins à la modélisation du fonctionnement de notre biosphère et à la prédiction des changements écologiques planétaires. Or, depuis la fin du siècle dernier, il apparaît en nette diminution. Cette disparition inquiétante serait en partie due à la pollution atmosphérique mais aussi à la pollution plastique des océans. C’est la raison des études parallèles, pollution plastique et situation du plancton, menées ces trois jours à bord de Race for Water.

Opération Manta

Maintenant, c’est le branle-bas de combat sur la plage arrière. L’équipe internationale de chercheurs est déjà à l’œuvre sous la direction de Hans Peter Arp et Carlos Manuel Alonso, les patrons des équipes scientifiques. C’est un amoncellement d’éprouvettes, de bocaux divers, je me demande comment ils s’y retrouvent. Juchés en équilibre sur la plate-forme arrière, Anne-Laure Le Duff, second capitaine, et Martin Gavériaux, ingénieur de bord, s’affairent autour d’un fouillis de cordages, car ce matin nous lançons l’opération Manta. Le filet Manta est une sorte de grand filet à papillons que l’on traîne derrière le bateau à petite vitesse pendant trente à quarante-cinq minutes, sauf que l’on ne récupère pas de lépidoptères mais un échantillon d’eau de mer. La première prise se déroule près de la sortie du port, à moins de 1 mille (1 852 m), et le récipient que l’on remonte à bord est encombré d’une matière boueuse qui ravit nos chercheurs. Le Dr Hans Peter Arp m’explique : « Tu vois tous ces minuscules points bleus ou blancs au milieu des débris d’algues et de matière organique ? Ce sont ces microplastiques qui envahissent les océans et dont nous étudions l’impact sur la faune. » En parallèle, l’équipe cubaine dirigée par Carlos Manuel Alonso s’occupe de récupérer des sédiments marins à l’aide d’une sorte d’araignée en inox qu’on dépose sur le fond au bout d’une ligne de sonde. Carlos m’explique que l’analyse des sédiments présents sur les fonds marins est aussi importante que celle de l’eau de mer car, contrairement à ce que l’on pensait jusqu’ici, la concentration de microdéchets y est aussi importante et nuisibles sur le plan environnemental.

Pendant le déjeuner, Carlos et Hans Peter se félicitent des aménagements du bateau qui facilitent leur travail. En effet, lorsqu’en2016, la fondation Race for Water a repris le navire (ex-Planet Solar), son intérieur a été entièrement modifié en vue de cette odyssée : à l’arrière, une plate-forme de travail de 40 m2 équipée d’un treuil pour les prélèvements avec deux accès directs à la mer, un laboratoire sec, climatisé, indépendant, équipé d’un frigo, d’un congélateur, d’une étuve et d’un vrai plan de travail, un escalier amovible pour des plongeurs, soit plus de 100 m2 d’espace de travail flexible. En outre, le silence des moteurs électriques et l’absence d’émanations de carburant ne dérangent pas la faune, sans compter le déplacement à faible vitesse et la stabilité du catamaran qui facilitent les prélèvements.

C’est d’ailleurs, la seconde phase du processus : l’analyse des échantillons d’eau de mer, ou plutôt la préparation des échantillons qui seront traités à terre. Les chercheuses Arianna Garcia Chamero et Linn Merethe Brekke Olsen s’en chargent, transportant avec précaution les délicats flacons de verre. Dans le soir qui s’installe doucement, notre bateau rejoint furtivement son poste de mouillage au fond d’une darse étroite, bordée de bâtiments délabrés. Un dernier rayon de soleil et la ville s’illumine, colorée comme un arc-en-ciel. Magique.

 

L’avitaillement selon Olivier Rouvillois

Olivier Rouvillois est l’intendant du Race for Water. Un poste garant de la bonne ambiance du bord et de la convivialité de l’équipage. Profitant de la navigation vers la République Dominicaine, Olivier nous décrit son quotidien à travers ses précédentes déambulations dans les rues de La Havane.

Hola !

On a quitté La Havane il y a maintenant quelques jours et on fait route vers Saint Domingue. Une petite navigation d’environ une douzaine de jours avec l’alizé dans le nez et les courants contraires font que nous n’avançons pas aussi vite que d’habitude. Nous faisons donc du rase caillou le long de la côte cubaine pour chercher les contres courants. On a quitté le Gulf Stream qui passait devant La Havane et remontait vers la Floride, pour passer entre Cuba et les Bahamas et prendre la direction de la République Dominicaine. Cette petite vitesse me permet de revenir sur le stop à Cuba et sur mes responsabilités d’intendant qui selon les escales et les infrastructures portuaires peuvent être faciles ou compliquées.

Après les Bermudes, cette deuxième escale à La Havane a été bercée par les rythmes latino, les évènements à bord du Race for Water et les quelques rigueurs administratives cubaines. Elles ne sont pas simples et prennent du temps ! Le bateau est resté en zone internationale toute la durée de notre séjour, ce qui signifie émigration et douane à passer à chaque entrée/sortie pour tout le monde. Les cubains, eux, sont obligés de laisser leur passeport aux douaniers ! Sans oublier des listes à n’en plus finir et à communiquer en permanence aux autorités portuaires pour ramener les courses à bord. Un travail de patience pour tout l’équipage surtout quand nous restions bloqués quelques longues minutes lorsqu’ils perdaient la liste ou qu’elle se retrouvait sur le mauvais bureau.

Mais avant tout, il me faut vous décrire le décor dans lequel nous avons séjourné. Le port de La Havane avec sa superbe entrée encadrée à gauche par une forteresse et à droite par la vieille ville qui débouche sur la baie de La Havane et sa catastrophe écologique : une eau marron, des nappes d’hydrocarbure et des déchets plastiques partout, une torchère qui brule 24/24. Pas vraiment accueillant et loin de l’image de carte postale. Nous étions amarrés sur le terminal des croisiéristes, côté intérieur. Personne ne pouvait nous voir et quand un 2eme paquebot arrivait, nous étions priés d’aller mouiller au milieu de cette baie bien polluée avec interdiction de se servir de notre annexe. « Allo la lancha !!! » ainsi fallait-il héler l’annexe du port pour pouvoir débarquer, nous délestant à chaque passage de 50 dollars.
Pourtant, ça pourrait être un magnifique port avec ces quais qui donnent sur le charmant quartier Viejo. Il ne manque pas grand-chose pour qu’il fasse partie de mon top 10.
Et que dire de La Havane ! Difficile d’imaginer la splendeur de cette cité qui s’est arrêtée un jour des années 50. La vieille ville est juste dingue ! Simple à comprendre avec son architecture si riche et ses monuments majestueux. Aujourd’hui, les rues sont en pleine restauration et quelques endroits dans l’air du temps annoncent qu’une nouvelle génération est en train de prendre vie.

Mon œil d’architecte pourrait passer des heures à déchiffrer les lieux mais c’est l’heure des avitaillements. Aidé de mon amie Bérangère, que j’ai retrouvé à mon arrivée à La Havane et qui va convoyer avec nous le bateau jusqu’en République Dominicaine, il nous faut effectuer l’inventaire, puis établir la fameuse liste des courses ! J’avais lu sur des blogs que la tâche n’allait pas être facile. Et bien c’était vrai ! Chaque marché au cœur de la ville a sa spécificité. Pas beaucoup de variétés dans les produits mais tout est bien écologique et bien mûr (ce qui se traduit pour moi par difficile à conserver à bord !). Tous les échanges se font en CUP, qu’il faut traduire en CUC, et compter en livre ou à la pièce. Chaque légume, chaque fruit est choisi un par un pour trouver les plus beaux. Sur place, nos échanges avec les commerçants sont riches et nous découvrons des gens extraordinaires. L’image inverse des rayons des supermarchés qui sont bien souvent vides ou remplis d’un seul produit selon les arrivages. Un jour de l’eau potable, le lendemain plus rien. Les produits d’hygiène, savon, shampoing sont durs à trouver. Même le papier toilette est une denrée rare. Je n’ai pas réussi à en trouver le premier jour. Du coup j’en ai pris 5o rouleaux le jour où je suis tombé dessus ! A la caisse, les rares caddies cubains sont bien maigres et je suis quelque peu mal à l’aise au moment de vider le mien et de sortir les pesos. Pas le choix ! Il me faut nourrir 18 personnes à midi et 11 le soir, semaine scientifique oblige ! Ça fait donc quelques caddies et quelques sacs.

 

Et l’avantage de faire ses courses avec des sacs à roulettes, c’est de pouvoir déambuler dans les rues, prendre les taxis ou les taxi tricycles, les carrioles et de passer la douane. Ensuite il nous faut scanner les 40 à 50 kilos par sac et les 200 litres d’approvisionnement en eau potable puis retrouver la fameuse liste précédemment communiquée aux autorités. Encore patienter, charger, décharger et enfin ranger le tout à bord de Race for Water. Un marathon à recommencer chaque semaine avec une épreuve finale la veille de l’appareillage vers Saint Domingue.

Mais tout ceci, c’est sans compter sur la gentillesse des cubains, les discussions avec les commerçants et les chauffeurs de taxi, les bonnes astuces de Carlos, les navigations devant le Malecon, les grands déjeuners à 18 et les petits diners à 11, les retrouvailles avec Eric Loizeau, la dernière soirée à terre…

Merci aux cubains, merci Betty, Carlos, Irène, Boris, Alina, Pina, Lanzaro et tous les autres… Que d’émotions, de gentillesse, de vie dans un pays que l’on a du mal à comprendre.

Un saludo!

Olivier

 

 

Eric Loizeau carnet de bord #2: Les premiers jours à bord

Après avoir précédemment relaté son arrivée à bord de Race for Water, notre envoyé spécial Eric Loizeau profite de la navigation vers la République Dominicaine pour revenir sur ses premiers jours à Cuba.

Lundi 7 aout 16h30 locales.

Nous avons quitté finalement La Havane avec plus de 12 heures d’avance sur le planning après avoir effectué avec Bunny et Bérangère tout l’avitaillement du bord dans le marché local et les deux uniques supermarchés de la ville. Une dernière clearance, un adieu aux pilotes et nous embouquons le chenal de sortie juste au moment où éclate un énorme orage tropical accompagné d’intenses éclairs, de majestueux coups de tonnerre et d’une pluie diluvienne. C’est assez étrange de quitter cette ville dans ces conditions après trois jours de grand soleil et de chaleur caniculaire.

En compagnie de l’équipage, j’ai vécu à bord trois intenses journées de recherche scientifique en compagnie de l’équipe mixte de chercheurs composée de cinq cubains et trois norvégiens. Et je peux vous dire que l’on n’a pas chômé …. Lever à 6 heures, petit déjeuner rapidement envoyé, accueil des scientifiques locaux (les norvégiens dorment à bord), attente de la clearance et des Pilotes (obligatoires avant chaque mouvement du bateau, bonjour la paperasserie…. Pascal adore… !!), installation du plan de travail sur la plate-forme arrière, départ en mer pour une mission qui va durer jusqu’au soir avec une pause minimaliste pour déjeuner.

Filet Manta que l’on traine derrière le bateau pour récupérer des échantillons d’eau de mer, sonde à sédiments que l’on envoie par 20 mètres de fond en différents points prévus d’avance et que notre capitaine retrouve avec précision grâce au GPS. Tout le monde s’affaire, équipage compris, au milieu de la multitude de bocaux, éprouvettes et bouteilles divers, les 30 mètres carrés de la plage arrière (alias la Marina) transformés en laboratoire de recherche directement ouvert sur l‘océan. Dans l’après-midi l’alizé se renforce levant une mer courte qui nous prenant par le travers met à mal certains estomacs peu habitués à ce traitement.

Quelques heures plus tard, un coucher de soleil magnifique illumine l’architecture colorée pastel de cette ville étonnante que nous longeons dans le silence des moteurs électriques en prenant enfin le temps d’un apéritif sur le pont supérieur. Seule ombre au tableau, l’eau pure turquoise du large s’est changée en une sorte de magmas boueux mélange de pétrole, carburant et pollution urbaine que vident sans vergogne les égouts et qui maculent de traces jaunâtres la robe blanche de notre navire écologique.

Nous devons en convenir, la protection de l’environnement n’est malheureusement pas le point fort de La Havane. Les cubains urbains ont, semble-t-il d’autres soucis à gérer comme le simple fait de se nourrir chaque jour….      

Mardi 8 aout.

Nous voici en équipage réduit, plus que huit à bord, cela va grandement faciliter la vie de Bunny et Bérangère chargés jusqu’ici de nourrir l’ensemble de notre petite troupe d’une bonne quinzaine de personnes.

Après qu’Anne-Laure notre jolie capitaine en second nous ait pris à part pour un briefing sécurité, Bunny organise les quarts de service, cuisine, nettoyage, rangement, la vie à bord s’organise…

Après plusieurs discussions et analyse des fichiers météo, nous avons décidé de passer par la route nord, au vent des îles, plus courte de 150 milles par rapport à la route sud, envisagée au préalable à cause de la présence de cyclones en formation. Mais pour l’instant, cela ne semble pas nous donner raison. L’alizé est plus fort que prévu par les grids, 18 nœuds plutôt que 10 et cela change tout parce que face à la mer courte et avec un courant défavorable nous n’avançons qu’à un peu plus de deux nœuds sur le fond.

La côte cubaine défile avec une lenteur infinie sur notre tribord. C’est une sorte d’éloge de la lenteur qui nous permet lecture et écriture, de prendre notre temps aussi à l’abri des téléphones et des écrans qu’internet n’alimente plus. Comme maintenant où adossé à un pouf moelleux, bien aéré par la fraiche ventilation de l’alizé, j’écris tranquillement en écoutant la douce voix de Joan Baez.

Journal du Dimanche #1: Un bateau fantastique contre la pollution des mers.

Comme prévu retrouvez le premier article du 6 août dernier de Christel de Taddeo et d’Eric Loizeau sur l’Odyssée Race for Water. Cette saga sera publiée tous les dimanches du mois d’août dans les pages du Journal du Dimanche

Environnement :
« Race for Water » est une plateforme de recherches scientifiques et de sensibilisation à la préservation des océans
Expédition :
Ce bateau 100% autonome, alimenté par de énergies propres, vient de partir pour traquer la pollution

Avec ses 35 m de long et ses 500m2 de panneaux solaires, Race for Water est le plus grand navire solaire de la planète. Après avoir parcouru le premier tour du monde réalisé exclusivement à l’énergie solaire entre 2010 et 2012, l’ancien Planet Solar a été transformé en plateforme scientifique pour la recherche en milieu marin et a intégré la technologie hydrogène et une aile de traction pour encore plus d’autonomie. C’est à son bord que le navigateur et alpiniste Eric Loizeau, ambassadeur de la Fondation Race for Water, vient d’embarquer à Cuba pour une nouvelle expédition environnementale.

« Race for Water », car « c’est une course contre la montre pour les générations futures », ainsi que le rappelle le président de la Fondation, Marco Simeoni. « Si rien n’est fait, en 2050 il y aura autant de plastique que de poissons dans les océans ». Le but de cette organisation, dédiée à la préservation de l’eau, est de contribuer à l’avancement des connaissances scientifiques, mais aussi de sensibiliser le grand public ainsi que les décideurs et de mettre en place des solutions concrètes.

La pollution plastique est partout. « Même si on ne la voit pas forcément », explique Eric Loizeau, déjà à bord du trimaran MOD70 Race for Water en 2015 pour une première odyssée et un bilan alarmant démontrant l’impossibilité d’un nettoyage des océans à l’échelle mondiale. Pour aller plus loin, la Fondation a décidé de lancer une nouvelle mission avec un programme sur cinq ans, de 2017 à 2021, dans des zones pertinentes pour la recherche scientifique : Caraïbes et Pacifique ; Moyen-Orient et Méditerranée ; Pacifique Nord et Asie. « Parce que ce sont des mers où la pollution est très importante, des mers fermées ou proches de territoires à forte concentration démographique : Inde, Chine, Japon, USA », explique Eric Loizeau.

A bord de cet incroyable catamaran, des chercheurs vont pouvoir mener de nouvelles études sur la pollution plastique, la caractérisation des microplastiques, les effets toxicologiques des plastiques marins ou encore leurs impacts sur les écosystèmes. Race for Water est un laboratoire itinérant, mais aussi une plateforme pédagogique et un support de démonstration pour la promotion de solutions innovantes visant à lutter plus efficacement contre cette forme de pollution. Première étape : les eaux caribéennes.

Cette semaine, avec le concours de scientifiques cubains et norvégiens, l’équipe a réalisé des prélèvements de sédiments dans la baie de La Havane à Cuba. Mardi, le navire solaire repartira à destination de la République Dominicaine et de la Guadeloupe pour poursuivre sa mission. Ambassadeur de solutions écologiques pour la préservation des océans, Race for Water est aussi un outil au service de la transition énergétique, doté d’innovations lui permettant d’être 100% autonome sans avoir recours à des énergies fossiles.

Ce catamaran à propulsion électrique est équipé de deux moteurs de 60 kW alimentés exclusivement par des énergies propres et renouvelables à l’infini. Les panneaux photovoltaïques transforment le rayonnement solaire en énergie électrique qui est ensuite stocké dans des batteries se trouvant dans les coques du bateau et lui permettant de naviguer de jour comme de nuit. « Même si elles sont très performantes – ce sont les mêmes que celles utilisées dans les sous-marins -, nous manquions de stockage pour conserver l’énergie produite », explique Jean-Marc Normant, directeur technique du projet. Pour augmenter l’autonomie du bateau, l’équipe a notamment travaillé avec une société suisse (SwissHydrogen) qui a développé et réalisé des piles à combustible utilisant l’hydrogène produit par électrolyse.

Le système récupère l’eau de mer qui passe dans un désalinisateur et qui est filtrée. Un électrolyseur sépare ensuite l’oxygène et l’hydrogène qui est comprimé puis stocké dans les 25 bouteilles en carbone à 350 bars de pression. Ces réservoirs permettent de stocker environ 200 kg d’hydrogène qui vont être recombinés avec de l’oxygène présent dans l’air dans des piles à combustible pour générer de l’électricité. « Avec 7.400 kg de batteries à bord, on stocke 750kWh », précise Jean-Marc Normant. « La pile à hydrogène pèse 6.500 kg mais permet de stocker à elle seule 2.800 kWh. Près de quatre fois plus d’énergie ! » En couplant les deux, Race for Water est passé de deux à six jours d’autonomie complète en naviguant à une vitesse de 5 nœuds. « Ce n’est pas plus dangereux que de l’essence ou que n’importe quel carburant classique et c’est une énergie propre, insiste Jean-Marc Normant. C’est l’avenir du stockage électrique ! »

Le bateau a été aussi équipé d’une aile de kite autopilotée de 40 m2 qui peut être déployée à une altitude comprise entre 100 et 150 m d’altitude, où les vents sont plus forts et plus constants. « C’est bluffant de voir une aile aussi petite tirer cet énorme bateau », commente Jean-Marc Normant. Ce système d’aide à la propulsion par la force du vent, développé et commercialisé par une société allemande (Skysails), est une solution innovante et performante qui permet de doubler la vitesse du bateau lorsque les conditions sont idéales. Le bateau de 100 tonnes peut alors avancer à 8 nœuds (14,8 km/h) rien qu’avec la force du vent. Un boitier de commande permet de contrôler le kite à distance et l’aile dispose d’un pilote automatique. « C’est un peu comme si on avait un parapentiste qu’on tiendrait par la culotte », plaisante Jean-Marc Normant. Le kite est équipé d’un gyroscope permettant de déterminer l’orientation de l’appareil et d’un anémomètre pour mesurer la vitesse du vent. « Fort de ces paramètres, il est capable de voler tout seul », assure l’ingénieur.

Le pilote automatique génère des trajectoires sous forme de 8 à une vitesse importante (100 km/h) pour augmenter la force de traction. Ce système génère 10 à 25 fois plus d’énergie par mètre carré que les voiles classiques. « Dans des conditions idéales, c’est un peu comme si nous pouvions hisser 1.000 m2 de voilure », illustre Jean-Marc Normant. Il est aussi possible de passer en mode manuel pour piloter l’aile comme un planeur radioguidé. « Quand on veut le récupérer, on le met en mode stable à un angle neutre et on le redescend à l’aide d’un treuil qui se trouve à l’avant du bateau. » Le système est encore en développement. « On travaille notamment avec un système d’alimentation autonome du pilote automatique avec une petite éolienne génératrice d’électricité », confie le directeur technique du projet. « Pour l’instant, le pilote automatique est pourvu d’un système de batterie et en cas de panne électrique il risque de se « crasher » ; par conséquent, on doit le faire redescendre toutes les six heures pour remplacer la batterie. »

Si le système n’a pas encore rencontré un franc succès auprès des entreprises de fret maritime, c’est « parce que le prix du fioul a baissé, l’installation n’était plus aussi rentable pour les armateurs ; ça le deviendra si le prix du baril augmente », assure Jean-Marc Normant, évoquant aussi « l’annonce de nouvelles visions et stratégies politiques ». Si les considérations économiques priment encore souvent les préoccupations environnementales, Race for Water espère contribuer à faire avancer la science et les comportements. Avec un peu d’eau de mer, du vent et du soleil.

 

Source: Le Journal du Dimanche

Opération Weather-Mic à Cuba!

Depuis début août, les équipes scientifiques du NGI (Norges Geotekniske Institutt) et du CEAC (Centro de Estudios Ambientales de Cienfuegos) ont investi la plateforme « Race for Water » pour une série d’échantillonnage de microplastiques le long des côtes de La Havane. Cette campagne fait partie du projet Weather-Mic porté par le réseau européen JPI Oceans et dirigé par le Dr. Hans Peter Heinrich Arp. Ce dernier a profité de ses derniers jours à bord pour nous donner plus de précisions sur cette mission qui s’inscrit pleinement dans la lutte contre la pollution plastique.

Pouvez-vous nous replacer dans son contexte votre étude sur la fragmentation des déchets plastiques ?
Dr. Hans Peter Heinrich Arp : « Il y a deux principales raisons à étudier la fragmentation des plastiques et des microplastiques. La première est de mesurer la quantité exacte de ces déchets dans les océans. Aujourd’hui elle est peu connue, tout comme le devenir de ces déchets dans ce milieu. Or l’étude du vieillissement des plastiques peut nous éclairer. Une des hypothèses est que le plastique en vieillissant va se fragmenter en microplastiques, voir en nanoplastiques invisibles à l’œil nu et difficiles à quantifier. Une autre hypothèse est qu’en vieillissant le plastique se charge de matière biologique et coule, il échappe ainsi aux mesures classiques. Il y aurait donc peut-être des zones d’accumulations de ces déchets entre deux eaux qui n’auraient pas encore été découvertes. Et la compréhension de la fragmentation peut nous aider à résoudre ce problème.
Le deuxième intérêt est de savoir si le processus naturel de décomposition des plastiques peut compenser l’apport en masse de ces déchets dans les océans. Si ce n’est pas le cas, il y aura certainement plus de plastique que de poisson en 2050. Comprendre cette fragmentation permet d’anticiper les futurs risques que cela entraine sur la vie marine et la chaîne alimentaire, si le vieillissement augmente ou diminue les effets néfastes sur la faune marine. »

Quelles expériences sont faites à Cuba ? Et pourquoi à Cuba ?
Dr. Hans Peter Heinrich Arp : « Nous avons collecté trois types d’échantillons :

  • Des échantillons pris à la surface de l’eau à l’aide d’un filet Manta qui collecte les matériaux flottants
  • Des échantillons d’eau à différentes profondeurs
  • Des échantillons de sédiments

Nous allons essayer de quantifier les microplastiques dans ces 3 types d’échantillons et dans différentes zones de prélèvements le long de la côte de La Havane (de l’est de la baie de la Havane et au-delà de la sortie du Rio Alamanderes) et au large jusqu’à 10 miles nautiques. Cela nous donnera une bonne compréhension du flux de microplastiques issus de La Havane.
Cuba est très intéressant dans cette étude de la fragmentation car nous avons très peu de données en microplastiques de cette zone contrairement à la Mer des Sargasses. Cela représente géographiquement un « trou noir » sur la connaissance de la distribution mondial des microplastiques. D’autre part, le contexte cubain de la consommation plastique est certainement très différent de celui des pays environnants.
Enfin, la recherche sur les microplastiques est très récente à Cuba et pour la population cubaine. C’est passionnant de faire partie des premiers chercheurs sur ce sujet et de conduire une campagne d’échantillonnage de cette ampleur sur place. »

Comment seront analysés les échantillons collectés ? Quels sont les résultats espérés ?
Dr. Hans Peter Heinrich Arp : « Le traitement des échantillons récoltés sera réalisé aussi bien par le NGI que le CEAC. L’objectif principal est de séparer et quantifier les différentes sortes de microplastiques présents dans ces échantillons. Nous comparerons ensuite nos résultats.
Puis les échantillons les plus significatifs seront envoyés à nos collègues du réseau JPI Oceans pour le programme Weather-Mic afin de rechercher les signes de vieillissement basés sur les modèles « weathering fingerprints » que nous avons développés. Nous espérons que ces données reflèteront la distribution et le vieillissement des microplastiques le long de la côte de La Havane et au-delà.
Les premiers résultats nous laissent supposer que le Rio Alamandares est la principale source d’émission et que la concentration de microplastiques en Mer des Sargasses est plus abondante qu’à proximité des côtes de La Havane. Mais une telle conclusion mérite d’être confirmée par plus d’analyses. »

Qui vous accompagne dans cet échantillonnage ?
Dr. Hans Peter Heinrich Arp : « Du NGI, je suis accompagné de ma collègue Linn Merethe Brekke Olsen, qui travaille avec moi sur ce thème depuis un an. De plus, un nouvel étudiant de Master nous a rejoint : Øyvind Lilleeng. L’analyse de ces échantillons collectés feront l’objet de sa thèse de Master.
A Cuba, nous collaborons avec le Professeur Carlos Alonso-Hernández et d’autres chercheurs cubains enthousiastes du CEAC (Centro de Estudios Ambientales de Cienfuegos). Pf. Carlos Alonso a été d’une grande aide pour obtenir les permissions nécessaires à cette campagne de prélèvement. »

Comment se passe la collaboration avec les chercheurs cubains ?
Dr. Hans Peter Heinrich Arp : « La collaboration avec les chercheurs cubains est excellente. Leurs connaissances des aires géographiques nous permettent d’échantillonner dans les zones les plus pertinentes et les plus intéressantes. La plupart des échantillons récoltés seront doublement analysés par le CEAC et le NGI, ainsi nous pourrons partager nos données et nos résultats. De plus, nous les formons sur nos méthodes d’analyse des microplastiques renforçant notre collaboration et notre partage des connaissances. Nous planifions de rassembler toutes nos données dans une publication commune. »

Et comment cela se passe-t-il avec l’équipage?
Dr. Hans Peter Heinrich Arp : « L’équipage de Race for Water est absolument fabuleux. Ils sont extrêmement professionnels et arrangeants, faisant tout leur possible pour simplifier nos prélèvements. Ils font pratiquement tout le travail d’échantillonnage de microplastiques avec le filet Manta et le font très bien ! Nous apprécions également le bon esprit et l’humour qui règnent à bord et les délicieux repas partagés tous ensemble. »

Quel intérêt trouvez-vous dans la plateforme « Race for Water » ?
Dr. Hans Peter Heinrich Arp : « La plateforme Race for Water représente pour moi le futur et j’espère que le futur ressemblera bien à cela. C’est un navire éco-responsable, qui a navigué jusqu’à Cuba sans émettre de carbone. Bien moins que moi avec mon avion qui m’a amené jusqu’ici ! Cette expédition est scientifiquement importante pour la sensibilisation, le soutien à la recherche et la promotion de solutions luttant contre la pollution plastique. Le navire Race for Water est une superbe plateforme et je souhaiterais voir naviguer plus de bateaux de ce type dans le futur. Je suis très heureux de prendre part à cette expédition et de la collaboration entre l’Odyssée Race for Water, le projet Weather-Mic et l’institut NGI. »

 

Eric Loizeau carnet de bord #1: Bonjour La Havane

Au-dessus de l’Atlantique immense ce mercredi 2 aout, je réalise que c’est assez curieux voire dérangeant de prendre l’avion pour traverser l’Atlantique et dépenser une telle quantité de kérosène pour effectuer une mission de protection de l’environnement à l’autre bout du monde…. vu d’en haut, de 9000 mètres d’altitude, plus haut que l’Everest que j’ai gravi jadis,  l’océan semble tellement immense, tellement bleu, tellement pur, simplement moucheté par les crêtes blanches des vagues de l’alizé.

Cependant des études sérieuses ont montré que son niveau de contamination est plus élevé que celui reporté à proximité des zones industrielles. Dans mon jet qui traverse à 9ookm/h l’éther infini avec une déconcertante facilité, j’ai l’impression de marcher à contre temps de mes convictions. J’ai lu hier un article intéressant de Libé qui relatait notre passage en mode dette environnementale alors que nous venons tout juste de franchir la mi-temps de l’année. « La planète bleue vire au rouge ». Un joli titre ma fois, aussi coloré qu’inquiétant. Ce jour du dépassement qui arrive de plus en plus tôt sans que notre pauvre humanité ne fasse grand-chose pour l’éviter. Et moi, aujourd’hui, une fois de plus je contribue à ce désastre écologique soi-disant pour une bonne cause.

Heureusement, et j’en suis fier, je m’en vais rejoindre un bateau qui se pose en exemple de la transition énergétique, en ne fonctionnant qu’avec le soleil, le vent et l’eau, véritable laboratoire de recherche sur l’état des océans, la pollution plastique et la disparition du plancton.

J’essaie de faire abstraction de tout cela et me concentrer sur mon plaisir égoïste de retrouver mes amis de l’équipage de cet extraordinaire bateau aussi futuriste qu’un vaisseau spatial et cette île de Cuba sur laquelle mes pérégrinations maritimes ne m’ont jamais déposé. Le port de la Havane où Tabarly m’avait raconté avoir été détenu à bord de son propre bateau le Penduick 3 pendant plus de 15 jours pour avoir osé pénétrer les eaux territoriales sans autorisations. Cette côte sans fin et parfois déserte bordée de plages immenses à l’éclatante blancheur ourlée de l’indigo de l’océan, côte que j’avais longé de nombreuses fois jusqu’à croiser un soir de véritables forbans. Nous les avions chassé alors grâce à une authentique Winchester 30/30 véritable arme de guerre que je gardais toujours à bord dans les endroits de navigation mal famés. Peut-être allons-nous les retrouver !

« Le Che veille sur la Havane ».

Enfin c’est ma première impression en pénétrant dans la ville et traversé des champs verdoyants de canne à sucre et de café emporté depuis l’aéroport dans le taxi jaune brinquebalant de Alex Polque qui m’a pris en main dès ma sortie du Gate. Finalement, je craignais la lourdeur évoquée de la bureaucratie et l’administration cubaine, mais comme souvent, rien ne s’est passé comme prévu et en moins d’une heure après ma sortie de la carlingue de l’avion j’avais récupéré mes bagages et passé l’immigration sans encombre.

Les Cubains ont déjà compris le covoiturage puisque je partage le taxi (et la « quenta ») avec un homme d’affaire cubain qui me fait penser avec sa petite mallette à un espion tout juste sorti du roman de John le Carré. Mais mon imagination me joue des tours et nous voici arrivés Place de la Libération gardée les portraits surréalistes du Che qui dépasse ici en notoriété Fidel Castro lui-même.

Après un passage dans la vieille ville aux villas délicieusement rococo, aux majestueuses églises hispaniques, aux immeubles dévastés, décatis, pour déposer notre mystérieux compagnon de voyage, nous longeons des quais sans fin pour trouver finalement le bateau bien caché et bien gardé le long d’un quai fatigué et invisible du dehors.
Je traverse plusieurs portiques, dégainant à chaque fois passeport et visa pour arriver enfin, trempé de sueur, encombré de mes sacs marins, devant la passerelle de Race4Water sur laquelle je m’engage avec l’impression d’embarquer dans le ventre d’une navette spatiale.

Mes camarades m’attendent autour d’une bouteille de rhum vieux de La Havane pour sûr. Bien entouré, je me laisse aller à l’ivresse du décalage. Demain, nous partons naviguer avec une équipe de scientifiques cubains et norvégiens associés pour le meilleur dans la protection des océans et invités quelques jours sur le bateau solaire. Ce matin Paris, ce même soir La Havane, un océan traversé et une courte nuit à venir. Je vais bien dormir bien aéré par l’alizé délaissant ma cabine climatisée pour une banquette de la plage arrière. Bonne nuit !

 

Echange avec Msc. José L Cuza Téllez de Girón

A La Havane, le navire Race for Water attire toujours autant les curiosités et facilite les échanges.

Cette fois-ci, l’équipage a eu la visite surprise et historique de Msc. José L Cuza Téllez de Girón .

Acteur de la révolution cubaine aux côtés de Raúl Castro, le contre-amiral Msc. José L Cuza Téllez de Girón a, en effet, profité de la présence du navire Race for Water pour découvrir ce navire ambassadeur des énergies renouvelables et de la lutte contre la pollution plastique.

Lors de son entretien avec l’équipage, Msc. José L Cuza Téllez de Girón est revenu sur l’état mondial des océans et la nécessité d’agir pour sa protection.

Retrouvez cet échange en images :

Workshop « Plastic waste to energy » : un laboratoire d’idées !

« Les microplastiques ? Qu’est-ce que c’est ? » « Et dans votre ville, comment s’organise la gestion des déchets ? » « Vous avez réussi à implanter une centrale photovoltaïque dans votre région ! » « Cela fait trente ans que je me bats pour développer les énergies renouvelables dont le solaire et votre navire me conforte dans cette certitude. » Voilà un échantillon des phrases que l’on pouvait entendre aux détours d’une conversation entre spécialistes cubains de l’environnement lors du workshop « Plastic Waste to Energy » organisé à bord du navire Race for Water à La Havane, le 24 juillet dernier.

Echanger pour avancer
« Si toutes les personnes présentes à cet évènement sont des experts dans leur domaine (géologues, biologistes, économistes, physiciens…), elles ont, toutes à un moment donné, besoin d’échanger et de confronter leurs idées. C’est l’objectif de ces rendez-vous. » explique Camille Rollin, spécialiste des projets Plastic Waste to Energy pour la Fondation Race for Water. A chaque escale du navire, la jeune femme rejoint l’équipage pour organiser et animer ces rencontres. « C’est passionnant et très enrichissant pour notre cause, la préservation des océans, que de connaître et de comprendre les contraintes géographiques, historiques et environnementales de chaque pays que nous visitons. Nous sommes tous conscients de la nécessité de préserver nos environnements. Quant à la manière d’y arriver et les moyens mis en œuvre, chacun a sa propre idée. Comprendre tout cela, nous permet de proposer des solutions concrètes comme la technologie développée avec notre partenaire ETIA qui promet de transformer les déchets plastiques en énergie, donnant de la valeur au plastique et une nouvelle source de rémunération pour les collecteurs de rues. »

Des interventions variées
Lors de ce workshop, 27 acteurs cubains se sont réunis pour aborder des thèmes aussi variés que leurs profils. Avec la complicité du modérateur Manuel Fernadez Rondón de l’Agencia de Energia Nuclear y Technologías de Avanzada, Arianna García Chamero, biologiste au CITMA (Ministerio de Ciencia, Tecnología y Medio Ambiente), fût la première à prendre la parole. Et sa présentation sur l’étude inédite qu’elle mène concernant les effets des microplastiques sur l’écosystème marin cubain aura surpris plusieurs experts qui ne connaissaient rien de ces particules et encore moins les risques environnementaux qui découlent d’une telle pollution. Odalys C. Goicochea Cardoso (directrice environnement du CITMA) a ensuite mis en lumière les politiques environnementales de l’archipel et les futurs projets de lois et de normes grandement nécessaires pour améliorer la qualité de l’eau et de l’air. La baie de La Havane est d’ailleurs le triste témoignage du travail qu’il reste à accomplir. La vie à bord n’est pas des plus faciles pour l’équipage qui doit constamment respirer l’air fortement pollué par les émanations de la raffinerie située juste à côté de la zone de mouillage du bateau, à deux pas du centre historique de la capitale cubaine. L’eau de la baie, elle, voit flotter les bouteilles et sacs plastiques au milieu des nappes d’hydrocarbures, un cauchemar pour les marins ! Un projet de déplacer la raffinerie est à l’étude. Reste à trouver les fonds pour cet énorme chantier.
Anaelys Saunders Vázquez (CITMA) a poursuivi en présentant les nombreux projets en cours ou à l’étude pour augmenter la proportion d’énergies renouvelables dans l’offre cubaine aujourd’hui très faible quand on sait que le soleil tape très fort tout au long de l’année sur l’ensemble de l’île. Une intervention complétée par celle du Dr. Julio C Rimada Herrera, physicien au Cátedra de Energía Solar de la Universidad de La Habana, qui a démontré le potentiel et le déploiement de l’énergie photovoltaïque sur l’île. Enfin Tatiana Alonso Pérez (CEAC-CITMA) a clôturé la séance sur la gestion des déchets en prenant l’exemple de la ville de Cienfuegos. Cette dernière dispose d’un centre de recyclage traitant notamment le plastique (principalement PET, PE et PA). Et si aujourd’hui, les volumes traités restent encore trop faibles, cette initiative a le mérite d’exister dans une cité qui contient seulement 2 décharges officielles et une multitude de décharges sauvages à ciel ouvert situées pour la plupart au bord de l’eau.

A Cuba la conscience environnementale s’installe donc doucement dans l’esprit des habitants déjà habitués à pratiquer 2 des 5 règles écologiques : réparer et réutiliser. L’effort de tous et notamment des associations telles qu’Acualina, passée visiter le navire dimanche, qui sensibilise le grand public et les plus jeunes à ces problématiques, va heureusement en grandissant. « Certains projets peuvent mettre du temps à émerger mais il faut y croire » a rappelé Luís Berriz Perez, président de la société cubaine pour la promotion des énergies renouvelables, aux membres de la Fondation Race for Water. Ce dernier se bat depuis une trentaine d’années pour développer l’énergie solaire à Cuba et avait suivi avec intérêt le premier tour du monde du navire Race for Water en 2010 lorsque celui-ci s’appelait Planet Solar. Ce workshop fût l’occasion pour lui de réaliser un rêve : monter à bord de ce navire d’exception. L’optimisation apportée par le couplage énergétique solaire-hydrogène et kite, lui donne déjà des idées pour les trente prochaines années…

Camille conclu la matinée en rappelant que pour faire face aux défis du XXIe, les efforts doivent venir de toutes parts. « On pense bien sûr d’abord à la réglementation mais si l’on veut lutter efficacement contre la pollution plastique des océans, la réduction des déchets générés par chacun d’entre nous est la meilleure solution. La responsabilisation des industriels notamment les producteurs d’emballage est également clé. Ils doivent à tout prix considérer la fin de vie de leurs produits au moment de leur conception. Enfin la solution Plastic Waste to Energy mise en avant par la Fondation permet une gestion des déchets adaptée à différents contextes locaux notamment le contexte insulaire. Cette solution technique de petites et moyennes capacités favorise une gestion de déchets et une production énergétique décentralisées reconnues pour leur efficacité. Les déchets plastiques sauvages pourraient ainsi devenir une ressource additionnelle au mix énergétique promu par Race for Water.