Des scientifiques montent à bord !

Ce mercredi, les scientifiques du projet EPHEMARE, rassemblant 10 pays européens et 15 partenaires, montent à bord. Récoltes, échantillonnages et analyses des plastiques des eaux bermudiennes : le programme s’annonce chargé. Jérôme Cachot, enseignant-chercheur au laboratoire EPOC de Bordeaux, présente l’étude qu’il s’apprête à conduire avec ses collègues européens. Rencontre.

 

Race for Water : Que venez-vous étudier à bord du navire Race for Water ?

Jérôme Cachot : Nous venons aux Bermudes afin d’étudier la contamination par les microplastiques et leurs effets sur les espèces aquatiques, que ce soit sur les invertébrés ou les poissons. Dans notre laboratoire (le laboratoire EPOC rattaché au CNRS et à l’Université de Bordeaux, ndlr), nous évaluons les effets deux types de micro-plastiques : certains sont « propres » autrement dit vierges de polluants, d’autres ont été artificiellement ou naturellement contaminés par des pollutant. Grâce au navire Race for Water, nous avons l’occasion de récolter des micro-plastiques pollués de manière naturelle qui se trouvent dans l’environnement. Ces derniers nous permettent d’avoir une idée de la pollution réelle dans les zones d’accumulation de plastiques au sein des océans.

 

R4W: Cela signifie que vous étudiez une pollution qui est transportée par les microplastiques ?

JC : Effectivement, lorsque les plastiques séjournent dans l’océan, ils se chargent en substances polluantes qui se trouvent dans l’eau comme par exemple les PCB (polychlorobiphényles). Dans l’eau ces polluants ne sont pas solubles et flottent. Mais ils présentent une forte affinité pour la matière organique et les matières plastiques et sont attirés par ces dernières. En captant les polluants, les plastiques sont un lieu de concentration des pollutants. Durant l’Odyssée de 2015, nous avons pu démontrer la présence d’une grande quantité de micro-plastiques sur les plages des Bermudes et avons pu évaluer leur contamination et leur toxicité. Aujourd’hui le défi est d’aller regarder ce qui se passe dans l’eau et les sédiments. Etudier la diversité des molécules captées par les plastiques afin d’appréhender leur dangerosité. Ensuite nous analyserons l’impact que cette pollution invisible a sur l’ensemble de la chaine alimentaire.

Collecte de microplastiques sur les plages durant l’Odyssée de 2015

 

R4W : En quoi la diversité des molécules polluantes est-elle dangereuse ?

JC : Les polluants actuels sont majoritairement d’origine synthétique (produits par l’Homme, ndlr) et composés par l’association de plusieurs molécules. Actuellement, 10 000 substances polluantes sont utilisées en Europe. La toxicité d’une molécule, lorsqu’elle est isolée, est généralement connue car l’Europe impose de vérifier l’innocuité de la substance avant sa commercialisation. Par contre, une fois dans l’environnement, elle se trouve en interaction avec d’autres molécules. Ces interactions peuvent changer la toxicité de base des molécules et nous n’avons encore peu d’idées sur la toxicité réelle des mélanges de polluants. En captant de nombreux polluants libres dans le milieu aquatique, les micro-plastiques peuvent donc s’avérer plus toxiques que les plastiques d’origine. Les échantillonner puis tester leurs effets sur le développement d’organismes marins nous permettra d’avoir une meilleure idée sur la toxicité réelle des plastiques vieillis en mer.

 

R4W : Pourquoi avoir choisi le navire Race for Water ?

JC : Nous avions déjà travaillé en 2015 avec la Fondation sur une première cartographie de la distribution des micro-plastiques sur les îles situées à proximité des gires océaniques. Cette étude nous servira de point zéro des niveaux de microplastiques sur les plages océaniques. Maintenant, il faut aller plus loin et voir ce qui se passe directement dans les eaux des Bermudes par exemple, afin de mieux appréhender l’impact de cette pollution. Le navire de la fondation Race for Water possède les infrastructures nécessaires à cet échantillonnage et aux analyses que nous souhaitons faire. C’est un plaisir de continuer l’aventure. Et puis, grâce à ce navire emblématique, nous avons l’occasion de sensibiliser le grand public tout en participant à son éducation. C’est un rôle que j’estime devoir jouer en tant que chercheur.

Thomas Coville, Ambassadeur de la Fondation, au départ de « The Bridge »

Ce dimanche, le marin Thomas Coville, recordman du tour du monde en solitaire, prend le départ de la course « The Bridge », ralliant St-Nazaire (Bretagne) à New-York. Engagé dans la préservation des océans, ce voileux hors-pair est aussi un Ambassadeur de l’Odyssée Race for Water. Rencontre.

Race for Water : Pourquoi avoir choisi d’être un Ambassadeur de la Fondation ?

Thomas Coville : Mon rôle d’Ambassadeur est aujourd’hui de montrer que je fais partie des gens qui croient à ce projet d’envergure mondiale et ce même si certains pensent que le changement est impossible. Lorsque des personnes ont un projet si ambitieux que celui de Race for Water que ce soit en sensibilisant par l’action ou dans le concret en portant des techniques de pointe, ce n’est pas toujours facile. J’ai vraiment envie de donner mon énergie pour la Fondation. Que mon énergie et ma foi aident ce projet techniquement fabuleux et qui porte des idées, des espoirs et des ambitions, afin de changer le monde. Cela ira jusqu’à changer notre vision de l’énergie, mais aussi notre rapport aux autres et éventuellement jusqu’aux conflits mondiaux.

R4W : Que représente la mer pour vous ?

TC : Finalement c’est bien plus que « juste » la mer ou le terrain de jeu qui est le miens. La mer, sans frontière, permet d’avoir un impact sur des personnes de tous horizons, un rayonnement au-delà de ceux qui aiment la voile. Le projet Race for Water est un projet de dingue qui ne peut être porté que par des personnalités qui aiment relever des défis impossibles et c’est grâce à cela qu’ils feront changer le monde. Race for Water et son Odyssée de l’Espoir porte ce signal.

R4W : Une envie pour le futur des océans ?

TC : Je n’ai plus envie de porter le côté anxiogène ou pessimiste avec lequel on regarde l’écologie en général. Et qui fait qu’aujourd’hui, soit le grand public soit les médias, soit les partenaires, ont du mal à y adhérer. Je suis dans l’étape d’après où notre problématique de cet océan qui se dégrade nous donne l’opportunité de changer les choses. Car nous  n’avons pas le choix. C’est une opportunité à saisir maintenant.

Thomas Coville aux côtés de Marco Simeoni, Jean-Marc Normant et Frank David :  » J’aime ce triptyque humain que sont Marco, Frank et Jean-Marc. Ce sont des personnalités qui m’inspirent et me galvanisent », explique Tomas Coville.

Des scolaires à bord – Annabelle fait la visite

 

Ces deux dernières semaines, le rythme de vie du navire a été guidé par des visites d’enfants des écoles locales. Âgés de 8 à 18 ans, ils parcourent l’exposition installée à bord, marchent sur le pont solaire et côtoient les membres de l’équipage. Un exercice de sensibilisation à la préservation des océans grandeur nature que les marins de l’Odyssée ont le plus grand plaisir à accomplir.

 

« C’est grand ! Comme un super vaisseau spatial ! » À la file indienne sur le ponton, les enfants admirent le navire en attendant le moment d’embarquer. « Bienvenue à bord ! » lance Annabelle, second capitaine du navire qui s’est reconvertie en guide de la visite. Sur la passerelle d’accès, pas question de se bousculer. Un pas après l’autre, il ne faut pas tomber. En évoluant dans ce nouvel environnement, l’attention des jeunes visiteurs est décuplée, captivée. Sur le pont, des mains s’agitent pour saluer les nouveaux arrivant : Anne s’y trouve avec une autre classe, les visites s’enchainent.

« Ici nous sommes dans le carré du navire qui est notre principal lieu de vie », explique la guide. En balayant l’espace du regard, les enfants découvrent des murs jonchés de panneaux en bois sur lesquels sont expliqués le fonctionnement du navire et les visions de la Fondation sur la pollution plastique. Souriante, Annabelle amorce son discours sous les yeux ébahis des enfants. « Dans ce petit pot, vous pouvez voir tous les micro-plastiques qui ont été récoltés dans un carré de sable de seulement 25cm de côté », avant de le faire passer aux enfants. Dans un autre récipient, les enfants découvrent des morceaux de macro-plastiques. La guide leur montre alors les marques de dents dans les morceaux de plastiques, trace que des animaux en ont ingurgité. « Toutes les tortues marines en ont dans l’estomac… Nous souhaitons que les enfants repartent avec la conscience que la pollution plastique est un fléau pour la vie des océans ».

La solution à cette pollution est d’agir à terre, avant que les plastiques ne les atteignent. En expliquant qu’il y a différents types de plastique, qu’ils ne sont pas biodégradables et qu’ils polluent les océans sur le très long-terme, les jeunes sont sensibilisés à la préservation de l’océan qui les entoure. « Mais surtout, nous leur parlons des solutions et leur expliquons les gestes qu’ils peuvent faire chaque jour à terre pour empêcher cette pollution. »

 

D E S   E X P L I C A T I O N S   À   L ’ A C T I O N

Une fois la visite de l’exposition terminée, les enfants explorent le navire. « A bâbord, c’est ma cabine, à tribord la cambuse, là le local matériel des scientifiques », dit Annabelle. Les questions des enfants fusent : « Mais comment vous faites pour la nourriture ? Et avec vos familles, vous ne les voyez plus ? »  Après avoir traversé le cockpit nappé d’instruments de navigation, le groupe découvre le pont fait de panneaux solaires. « On peut même marcher dessus ! », s’amuse un enfant. De la théorie, ils découvrent la réalité : sans soleil, les panneaux ne produisent pas d’électricité et le Race for Water ne peut pas avancer. « C’est pour cela qu’une nouvelle source d’énergie a été ajoutée à bord, le kite qui utilise le vent ! », dit Annabelle. Les questions deviennent plus techniques, la compréhension est accélérée par l’expérience vécue des enfants. « Mais alors pourquoi vous n’utilisez pas deux kite ? Comment fait-on pour faire partie de l’équipage, vous prenez des stagiaires ? ». Martin, ingénieur du navire se joint à la visite pour répondre aux questions. « Je leur explique que, même nous, nous apprenons la gestion du mix énergétique ! », dit Martin. L’important est que les jeunes comprennent qu’il est aujourd’hui possible de vivre à bord d’un navire et de se déplacer en utilisant uniquement des énergies renouvelables.

 

VIDEO : ces jeunes qui veulent un futur propre 

 

Les océans se meurent du réchauffement climatique. La solution ? La transition énergétique. Avec cette Odyssée de l’espoir le navire Race for Water démontre qu’elle est possible, mais qu’en disent les jeunes ? 

Il faut préserver nos océans car ils sont les régulateurs silencieux du climat, parce qu’ils recouvrent 70% de notre planète et qu’ils en abritent 95% de la vie. Des arguments existent en bataille et il faut agir maintenant, pas uniquement pour nos océans mais pour l’avenir.

Dans cette mission, la Fondation insiste sur le rôle primordial des jeunes, étant les décideurs du monde de demain. Comprendre ce qu’est le réchauffement climatique, mais surtout croire en une solution : la transition énergétique. Nous sommes allés interroger trois étudiants de l’institut du Rosey, une école internationale à la réputation centenaire. A 18 ans, comment imagine t-on le monde de demain et la préservation des océans ?

 

Avec le navire Race for Water, la fondation démontre qu’un monde libéré des énergies fossiles est possible. En faisant le tour du globe grâce aux énergies renouvelables, couplées de manière cohérente et adossées à différents systèmes de stockage de l’électricité. Du chinois ? Une fois à bord, tout devient limpide. Durant cette Odyssée de l’Espoir des jeunes du monde entier auront l’opportunité de venir sur le navire afin d’appréhender cette mixité énergétique, de la tester en navigation et d’ainsi la comprendre.

 

Mobilisation générale pour les océans !

 

Le séjour aux Bermudes se continuant, multiples actions sont engagées par la Fondation afin de préserver les océans ! Entre rencontres, Beach Clean-up et sorties en mer : un équipage à fond et des équipes à terre plus motivées que jamais !

Hier, avait lieu la première journée mondiale pour la préservation des océans : The World Oceans Day. Cette célébration faisant écho à la Conférence Mondiale sur les Océans organisée par les Nations Unies à New-York du 5 – 9 juin. Afin de faire honneur à cette magnifique initiative, toute la Fondation – en Suisse, en France et aux Bermudes – s’est mobilisée !

Toute la Fondation réunie en l’honneur du World Oceans Day

Un grand merci à tous d’avoir été présents et de vous être mobilisés afin d’accompagner Race for Water dans sa mission de préservation des océans ! A bord du navire :

  • Un représentant du Ministère de l’environnement : Drew Petit, Acting director of Parks
  • La consule de France Nicole Hariza
  • Deux membres du consulat US : Linda L. Rosalik and Camille Haley
  • Des ONGs locales: Anne Hyde de Keep Bermuda Beautiful, Ken Vickers de Ocean Support Foundation, Alicia Wanklynde de Greenrock et Alan Burland de Sloop Foundation tous fortement engagés pour la sensibilisation et l’action à la préservation des océans.

Le navire : un lieu d’échange, de partage et de sensibilisation

D E   L ‘ A C T I O N 

En plus d’être une plateforme d’accueil afin de créer un dialogue, cette Odyssée de l’Espoir passe aussi à l’action ! Le 6 juin dernier, les équipes ont organisé un Beach Clean-up (nettoyage d’une plage) à Church Bay, une des plus belles plages de l’île. « Nous avons ramassé une quantité incroyable de plastiques en moins d’une heure. La grande majorité provenait clairement du large, des organismes marins étaient même présents sur certains des morceaux. Le pire étant la densité de microparticules qui se trouve mélangées au magnifique sable rose si typique des Bermudes. Sachant que les plages sont régulièrement nettoyées par les locaux c’est un témoignage terrifiant de la quantité de plastique qui se trouve aujourd’hui dans l’océan. », raconte Camille Rollin, spécialiste du projet Plastic Waste-To-Energy à la Fondation.

Un beach cleaning à l’occasion du World Environment Day

Workshop à bord : politiques, industriels et ONG enfin réunis

 

Le 1er juin, le navire Race for Water a hébergé son premier workshop sur la thématique de la gestion des déchets plastiques. Entre explications de la vision de la Fondation et solutions, le navire a été lieu de rencontre entre ONG, industriels et politiques locales.

« Cette réunion à bord du Race for Water a été une magnifique réussite, réunissant Sylvan Richards, le Ministre de l’environnement aux Bermudes, des industriels, des ingénieurs et des ONG locales. Ce résultat nous encourage vivement à en organiser d’autres ! », s’exprime Marco Simeoni, Président de la Fondation Race for Water. Une des missions de la Fondation est d’ouvrir le dialogue entre différents acteurs au sujet de la pollution plastique afin d’inciter un mouvement, d’engager des actions conjointes et de trouver des solutions.

Marco Simeoni, Président de la Fondation ouvre cette matinée de workshop avec Serge Pittet, Directeur général.

 

UN TON D’URGENCE

A peine la réunion entamée que Sylvan Richards, Ministre de l’environnement des Bermudes, pose les jalons de l’urgence d’agir.  « Le plastique est partout. Sur une île comme la nôtre, fière de sa beauté naturelle et de son histoire, le plastique est devenu une menace réelle : pour les écosystèmes marins, en termes d’économie mais aussi en contaminant la chaîne alimentaire et donc la santé humaine », déclare le Ministre. Et d’ajouter : « Oui la pollution plastique a été reconnue comme une menace mondiale, mais je suis convaincu que la solution doit être locale. »

« Nous espérons pouvoir continuer une relation durable avec la Fondation Race for Water. Et de notre côté, nous continuons d’élaborer des politiques efficaces pour lutter contre les plastiques qui remplissent nos océans », s’exprime Sylvan Richards.

 

ONG, industriels et ingénieurs témoignent alors des multiples actions en cours. Anne Hyde, Présidente de l’ONG Keep Bermuda Beautiful, explique : « Nous avons créé un groupe de travail sur les débris maritimes avec diverses organisations de l’île. Notre but est de sensibiliser l’opinion publique à l’impact des débris marins sur les océans, d’évaluer la quantité de débris marins échoués sur le littoral et de développer des initiatives pour réduire nos émissions de déchets ». S’ajoute à la discussion la vision de Geoff Smith, ingénieur en environnement au Ministère de l’Environnement et des Ressources Naturelles des Bermudes, qui témoigne du rôle majeur des politiques environnementales locales et des réglementations. Nasir Wade, ingénieur de projet de Tynes Bay Waste to Energy Facility, il présente un aperçu historique de la gestion des déchets aux Bermudes et les choix stratégiques faits pour fournir des solutions à ce problème croissant.

De haut en bas : Anne Hyde, Geoff Smith et Nasir Wade s’expriment lors du workshop

 

UN BESOIN DE SOLUTIONS

La vision de la Fondation est d’empêcher les déchets plastiques d’atteindre les océans en incitant leur ramassage. « Nous travaillons actuellement sur une technologie appelée Biogreen® avec notre partenaire ETIA. Elle nous permettra de transformer les déchets plastiques en ressources énergétiques ce qui aura un impact économique, environnemental et social », explique Marco Simeoni. S’en suivent multiples interrogations écologiques, sociales et environnementales auxquelles les membres de la Fondation ainsi qu’Olivier Lepez, Directeur d’ETIA, se font une joie de répondre. « Aujourd’hui la technologie que nous présentons montre que des solutions existent et qu’elles permettent de commencer relativement rapidement à traiter le problème et fait encore plus de sens dans des territoires isolés tels que les îles », ajoute Camille Rollin, spécialiste du projet Plastic Wast-To-Energy à la Fondation Race for Water. « Mais ce sont aussi des actions conjointes et simultanées d’éducation à la gestion des déchets, au recyclage et au ramassage que nous aiderons à résoudre cette problématique des déchets plastiques ». Du 8 au 13 juin, le navire accueillera des scolaires et autres visiteurs afin de sensibiliser tous les publics.